Quel avenir pour les associations de généalogie ?

Q

Il y a quelques jours, Sophie Boudarel s’est interrogée sur l’entretien que le nouveau président de la Fédération Française de Généalogie a donné à la Revue Française de Généalogie. En effet, les quelques réflexions émises dans cet entretien par Thierry Chestier, associées à sa réaction à l’article de Sophie (par le biais d’un edit de l’article en date du 28/07/2016, de son compte twitter personnel mais aussi du compte de la Fédération Française de Généalogie) sont en effet questionnantes.

Lisez pour cela l’article de la Revue Française de Généalogie, l’article de Sophie Boudarel et suivez @FFGenealogie et @ThierryChestier sur twitter pour comprendre la discussion.

En résumé, dans cette polémique, Thierry Chestier se pose la question de la pertinence de l’indexation collaborative par le grand public des données issues des différents services d’archives. Il remet en cause l’organisation de cette indexation collaborative, la fiabilité des données ainsi collectées, et préférerait que chacun reste à sa place, donc que les archives arrêtent ce processus collaboratif. On peut se poser la question, car en effet, l’indexation collaborative nécessite une organisation et une logistique importante pour être fiable, et exhaustive. FamilySearch doit d’ailleurs le savoir encore mieux que les associations de généalogie françaises.

Mais de mon point de vue, cette polémique se résume ainsi : Thierry Chestier se pose la question de la place des associations de généalogie en 2016.

C’est cette question qui est pertinente. Mais une fois cette question posée, c’est surtout la réponse que l’on en fait qui est intéressante.

J’ai la sensation que la réponse de Thierry Chestier, et donc de la FFGénéalogie, c’est de penser que le rôle premier des associations est celui de l’indexation et de la vente des registres ainsi créés. Ainsi, il est impensable que ce rôle soit repris par d’autres et qu’il devienne gratuit. Mais ce qui me pose problème, c’est ce que cette réponse sous-entend : un rôle immuable. Un rôle définitif, attribué. Un rôle que seules les associations seraient capables de remplir.

Et la mort des associations si on leur vole ce rôle.

Une pensée négative, pessimiste, surtout venant d’un président nouvellement élu.

Moi, ma réponse commence par plusieurs constats : le premier, c’est que l’indexation collaborative est ce qui se fait actuellement. Elle est à la mode. Donc, elle ne s’arrêtera pas parce qu’on le décrète. Elle a des défauts mais surtout des qualités. A nous de se l’approprier, de pétrir cette pâte et d’en faire quelque chose de beau, intéressant et fiable. Le deuxième constat, c’est que la généalogie n’est pas une collection d’ancêtres, de dates, de noms, de lieux. Pas seulement. Si cette collection était difficile à réunir par le passé, et qu’on avait besoin absolument des associations pour la compléter, ce n’est plus le cas actuellement. Internet est passé par là. Il faut s’y résoudre. Troisièmement, dans les associations de généalogie, il y a des bénévoles avec un niveau d’histoire des familles dépassant largement bon nombres de professionnels : en histoire, en paléographie, en recherche. C’est une pépite. Une pépite brute, à tailler correctement.

Ainsi, la généalogie de base se simplifie et devient à la portée du plus grand nombre, grâce à internet, grâce à la collaboration, l’indexation, etc. Mais la généalogie ne s’arrête pas là : connaitre ses ancêtres, comprendre leurs mentalités, l’histoire de leurs maisons, leurs métiers, leurs occupations, leurs vies. C’est ça la généalogie, la conception que j’en fais. Dans cette conception de la généalogie, l’expertise des associations doit être mise en avant. Et puis, comme Thierry Chestier le fait remarquer, les associations sont bien organisées, hiérarchisées, humaines. Elles sont capables d’aider, de former, de guider, d’orienter, d’éduquer. Voilà leur rôle.

A mon sens, les associations doivent apporter une nouvelle plus-value. Celle qu’elles réservaient à leurs adhérents les plus aguerris. Un groupe d’amis qui s’entraide, et qui apporte une expertise et une aide au plus jeune, au débutant. Car une fois qu’on a fait la collection de dates, de noms et de lieux, vient un moment où on a besoin de vous, chères associations. Et peu importe une baisse du revenu issue de la vente des collections de noms, dates et lieux. Vous survivrez parce que la relation humaine est nécessaire. Mais soyez plastiques, malléables, et au fait des possibilités actuelles. Car ce qui est immuable n’existe plus, et dans le monde moderne, surtout sur internet, tout va très vite.

Et au fond, nous, on a envie que vous continuiez à exister.

4 Commentaires

  • Bonjour Monique,
    Comme quoi il y a des pratiques très différentes d’une asso à l’autre. Pour la nôtre, nous faisons des cours informatique (de bases) pour aider à démarrer, puis du soutien (informatique et logiciels). Notre limitation est plutôt l’éloignement de nos adhérents.
    Difficile de tout dire, mais nous allons aussi dans les Mairies faire des photos d’actes pour les relever (quand il y a des manques aux AD), on fournit aussi ces photos aux adhérents qui le demandent.
    Cordialement.

  • Il me semble que l’indexation collaborative peut surtout avoir comme vertu de fournir à des lecteurs d’archives (sur le net et dans les archives « off line ») des crampons leur permettant de pousser plus loin des investigations dont le simple bon sens nous enseigne qu’elles se font auprès des vivants (quand on débute une généalogie, il faut parler dans sa famille) et dans les salles d’archives que Clément connaît bien.
    La masse des papiers est, en pratique, dans chaque dépôt en perpétuelle expansion, dans un rapport avec la quantité de documents mis en ligne qui ne cesse d’augmenter, diminuant de fait la part relative des archives « on line ».
    Pour tenir compte de cette réalité, le métier des archivistes consiste à rédiger et à mettre à disposition du public des inventaires mais aussi des guides permettant d’entrer dans les fonds. L’indexation (nominative ou par noms de lieux et de matières) a des limites physiques et intellectuelles que les historiens ont fort bien décrites et rien ne peut remplacer le dépouillement patient des archives.
    La fonction des associations, qui est d’ailleurs de plus en plus importante, est bien, en effet, d’instaurer une entraide humaine et le plus souvent chaleureuse, dans cette exploration, qui débouche souvent sur de l’inattendu. Il est fréquent certes, de trouver ce qu’on cherche (et la fonction de sites tels que Filae ou des index nominatifs collaboratifs est mécaniquement orientée vers ce premier mouvement), mais il est d’expérience quotidienne pour un lecteur qui n’a pas délégué sa capacité à chercher, de chercher ce qu’il a trouvé.
    C’est bien ce que fait Clément au retour de ses séances aux Archives du Vaucluse.
    Et la fonction des archivistes, en raison non seulement de la masse énorme des documents mais surtout du caractère personnel du point de vue de chaque lecteur, est de rendre possible le contact de chacun avec les documents (sur papier dans nos salle lecture ou, bien sûr, à l’écran).

  • Se limiter aux BDD des NMD /BMS pour une association serait effectivement suicidaire: C’est une offre qu’elle se doit de mettre à disposition de se adhérents à condition de toujours travailler à en assurer la qualité et la fiabilité du contenu.
    Mais ces actes sont restrictifs, et parfois insuffisants, pour continuer sa généalogie. Ainsi nous (CGPCSM) travaillons sur les registres martimes (marin morts en mer par exemple, mais pas seulement), les impôts (gabelle, taille, …), les tutelles, les registres notariés …
    La difficulté, c’est l’illusion de facilité que peut donner l’internet: On voit ainsi nombre de collectionneurs de noms qui ont « fait leur arbre en 15 jours », et qui sont persuadés d’avoir fait leur généalogie, alors que le vrai travail est à peine commencé.
    En effet, rappelons que la lecture de l’acte, et la vérification des informations, permet seulement de pouvoir valider que c’est bien ce document qui concerne ses ancêtres. A un moment donné, cette progression sera plus difficile car lire un acte passera par des connaissances en paléographie.
    Bon, je ne vais pas m’étendre, mais l’intérêt d’une association de généalogie pour moi, en plus des relevés qu’elle fournit, est dans sa capacité à accueillir, former, guider et aider le généalogiste, qu’il soit débutant ou confirmé.

    • Bonjour,
      Après avoir longtemps été adhérente avec plus ou moins de satisfaction à de nombreuses associations, j’ai arrêté définitivement car l’aide était vraiment restreinte, voire inexistante malgré les promesses formulées lors de la prise de contact. Et je ne parlerai pas des réponses neuf à douze mois après (une fois que vous avez fais vos recherches vous-mêmes! ). Un reproche très souvent formulé : vous ne nous aidez pas : c’est vrai faire des relevés dans le Jura ou autre Moselle ou ailleurs même en Picardie , c’est difficile quand on élève deux enfants seule, qu’on travaille à l’A.P. (puéricultrice en néonat) en horaires décalés et du 1er janvier au 31 décembre ! Sans compter les activités annexes. Aussi, lasse de ses remarques, de groupes très soudés qui refusent aussi les expatriés de leur contrée, j’ai abandonné et je dis vive généanet qui me donne des bases à vérifier et confirmer pour mes arbres (j’ai débuté en 1998). Même les revues de généalogie tournent en rond sur les mêmes sujets; De l’iconographie du temps de 1650 à 1792 serait la bienvenue pour égayer nos arbres plutôt que l’iconographie médiévale ou concernant les nobles …La paysannerie et les artisans existaient entre 1650 et 1850. Mais je diserte ..
      Quand à la mise en ligne, au lieu de reprocher à des personnes non familiarisées avec la technologie, de l’aide au cours des congrès (sur liste d’attente , 15 mn par personne, avec un but précis) serait beaucoup plus intelligent que les « : y a qu’à, faut qu’on etc » , qui sont abstraits pour nombre d’entre nous (je n’ai pas appris à conduire ma voiture avec des » y a qu’à et des faut qu’on ») . L’informatique c’est facile quand on a fais ‘études sur la question.
      Donc oui c’est dommage, mais un jour peut être à l’occasion, peut être sur geneanet, sur Hérédis, il y aura un nouvel arbre. Merci pour votre attention.
      Cordialement

Clément

Blog généalogique d'un mec de 28 ans, qui aime les nouvelles technologies, l'Histoire et la Généalogie, son métier de toubib et faire des photos quand il lui reste un peu de temps.

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