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Réflexions

Comment interviewer nos anciens ?

Ma grand-mère Simone, 2014.

J’ai récemment été contacté par @AlexModesto73 qui prépare un travail de mémoire avec son association, la Fibre Mauriennaise. Initialement, il ne savait pas trop pourquoi m’appeler, je ne savais pas trop ce que je pouvais lui apporter mais la discussion se faisant, la réflexion s’organisant, on en est venu à discuter de comment s’entretenir avec nos anciens, ceux de notre famille ou ceux que l’on ne connait pas. Un sujet familier à tout généalogiste, et j’imagine à tout journaliste.

Comment initier la conversation ?

Voilà la première étape, cruciale. Voilà mes idées :

  1. Je pense qu’initier la conversation à partir d’un objet exposé dans une vitrine, d’une photographie dans un tiroir, d’une carte postale ancienne est une bonne idée. Avoir un trigger matériel, pour permettre de briser la glace. Pour amorcer une conversation.
  2. Une autre idée pouvant facilement être mis en place, c’est se promener avec une personne dans la rue, et discuter avec lui des bâtiments, de l’Église, de la Cathédrale, de son environnement. Que s’est-il passé là-bas, pour lui, dans sa vie ?
  3. Je n’aime pas la version interview classique, avec quelqu’un qui vient avec des questions, et l’autre avec ses réponses. Ça ne me parait pas adapté.

Comment entretenir la conversation ?

Tout aussi difficile que d’initier la conversation, c’est de permettre qu’elle ne retombe pas comme un soufflet. Alors, il faut justement discuter, écouter, prendre le temps, rebondir sur les anecdotes. J’aime rebondir sur les histoires de ma grand-mère quand elle était sage-femme à Nîmes, savoir pourquoi elle se souvient si bien de l’Alfa Roméo de l’oncle Frédéric, ou discuter des sucreries qu’aimaient untel, et des tricheries à la belote de ses fils.

Savoir écouter, c’est encore plus difficile que de savoir parler.

Comment mémoriser la conversation ?

Prendre des notes ? Pas assez naturel ni fluide.

Filmer ? Perturbant pour celui qui filme, et celui qui parle.

Enregistrer ? Peut être vécu comme brisant une sorte de secret, de confidentialité et de confiance entre les deux individus.

Moi, je prends le parti parfois d’enregistrer, sans en informer. Ce n’est pas terrible, c’est vrai, mais ça me permet de garder mon naturel, et de ne pas perturber mon interlocuteur, le plus souvent ma grand-mère.

J’aime aussi filmer, surtout quand on me parle de photographies. Car j’allie à la fois les sons (« ici, il s’agit de l’oncle Paul ») au doigt qui montre l’Oncle Paul sur la photographie. Je ne pourrai pas oublier, comme ça.

Mois de l’entraide #geneatheme !

Et vous, comment faites-vous ? Parce que cet article est une succession de petites idées que j’ai, ou que j’ai eues. Mais je serais très curieux de connaitre vos techniques (c’est même le but de l’article, en réalité), vos façons de faire. Il faut savoir le faire avant que les souvenirs ne s’en aillent, c’est la base de toute généalogie qui se respecte, de tout devoir de mémoire intéressant.

Merci de m’aider.

4 Comments

  1. Prendre la précaution d’avoir dans sa poche, de quoi noter à chaque fois qu’on visite sa grand-mère. Si c’est un entretien organisé sur le sujet, les conditions sont plus faciles, en tous cas moins improvisées. Mais souvent le souvenir vient au détour d’un entretien banal, hors contexte. A l’oral, varier les supports (mais qui sait ce qui fait surgir l’émotion ou le souvenir ?), éviter les micros et les caméras en cas de réticence ( moi je connais une petite étoile que ça a révolté et fermé comme une huitre : « Non mais tu t’rends compte, il est venu avec une caméra, mais il se croit tout permis, et qu’est ce qu’il va faire de ça, de toutes façons je ne lui ai rien dit…. » et toc ), poursuivre avec un échange épistolaire pour fixer les précisions. Je rédige, raconte ce qu’il me semble avoir compris, je lui envoie. Elle le lit et me renvoie ma prose corrigée… En rouge, avec des points d’exclamation 😉
    Le téléphone c’est très bien aussi.

    • J’avoue que l’idée de revenir sur l’entretien, à froid, via un échange épistolaire ne m’était pas apparu initialement. Mais en effet, c’est pas mal, et ça permet de fixer les idées, et de reformuler pour être sur d’avoir bien compris.
      Après la caméra et le microphone, c’est sur que ça peut en braquer certains. Il ne faut pas perdre cette spontanéité quand on raconte des histoires, elle est trop précieuse.

      Et le téléphone, ça, c’est sûr. Je ne téléphone jamais assez à Mamie Simone.

  2. Le point de départ est très important, soit effectivement, tu peux partir d’un objet, d’une photographie, mais tu peux aussi partir sur le principe de l’interview. Dans ce cas, je recommande de prévenir suffisamment à l’avance, d’expliquer pourquoi et comment, de prendre un rendez-vous.
    Il faut préparer une série de questions, mais s’attendre à ne pas les poser toutes. Aborder la question avec douceur « J’aurai aimé que tu me parles de… ». Commencer par un sujet suffisamment large, pour ensuite, peut-être, amener vers un sujet plus précis.
    Il arrive que les souvenirs remontent comment un flux, il ne faut pas interrompre, laisser parler. S’il y a un blocage, un souvenir douloureux qui remonte, il ne faut pas insister, proposer de faire une pause, parler d’autre chose.
    J’aime Evernote pour se souvenir de l’entretien, car tu peux enregistrer directement dans une note, puis, toujours dans cette même note, faire la transcription.
    J’aime beaucoup ton idée de filmer 😉

    • Tu verras, filmer quelqu’un qui comment des photographies permet de continuer la discussion sans se perdre dans la prise de note, tout en conservant une exhaustivité des informations tout à fait intéressante.

      J’avoue ne pas utiliser Evernote, malgré tout tes articles le concernant. OneNote permet également de faire cela, il faudra, je crois, que j’essaye.
      Enfin, je n’ai jamais essayé d’orienter l’entretien avec un questionnaire. Il faudrait que j’essaye une fois, même si je suis moins convaincu que l’on garde la spontanéité. Il faut toujours essayer cependant, on pourrait avoir de bonnes surprises.

      Merci de ton commentaire, merci de ton partage. Et à bientôt, IRL ?

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