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Discours lors du décès de François ETIENNE, maire de Saignon (84) de 1904 à 1908

« A Etienne François—

Un deuil cruel, plus cruel d’être si imprévu et si prématuré, frappe aujourd’hui la commune de Saignon. Dans la personne de Etienne François emporté à l’âge de 64 ans, en pleine puissance de vie, la commune perd un de ses serviteurs les plus fidèles et nous tous habitants et amis, nous pleurons le camarade le plus exquis, l’ami le plus sur et le plus dévoué.

Nous hésitons tous à admettre et à croire que cet homme que nous croyions il y a seulement quelques semaines, si confiant et si alerte soit celui qui repose dans l’éternel sommeil. Il était là au milieu de nous, exerçant avec sa souriante bonne humeur son activité coutumière, la franchise de son sourire et sa parole d’encouragement étaient un précieux réconfort pour ceux qui l’approchaient, cela nous paraissait avoir d’indéfinis lendemains.

Aujourd’hui il est couché là, immobile dans la gravité solennelle de l’éternel repos. A notre douleur se mêle de la stupeur et dans nos regrets il nous parait monter une protestation. Vanité des révoltes humaines qui doit se courber devant l’inflexible et poignante réalité; nous ne le reverrons plus.

Pourquoi retracerai-je ici les étapes de la vie de Etienne François, elles nous sont connues à tous : Appelé jeune encore à diriger plusieurs exploitations agricoles, il sut par son tact, par sa connaissance dans la valeur du travail garder auprès de lui, pendant toute sa vie, non pas des serviteurs mais les mêmes collaborateurs.

Excellent père d’une famille de cinq enfants, tous élevés dans le travail et la vénération.

Maire de la commune de Saignon de 1904 à 1908, succédant à M. Donat, son beau-père, il sut par son impartialité, sa précision dans le jugement, son administration intelligente, acquérir cette confiance qui ne lui a jamais fait défaut. Sollicité en 1908 pour continuer les fonctions qu’il avait si sagement remplies pendant quatre ans, il déclina cette offre pour une raison entre toutes sublime et généreuse, c’est qu’il voulait se consacrer plus entièrement à sa famille.
Mobilisé pendant la guerre avec les vieilles classes, il ne dut qu’à son ancienneté de ne pas prendre part aux opérations.

Partout ici Etienne François ne comptait que des amis; c’est qu’il était la bonté même. Elle rayonnait cette bonté, de son beau regard affectueux et bienveillant, de son charmant sourire, de sa poignée de main qui se desserrait comme un regret.

Nous n’apercevions jamais un mouvement d’humeur et je me répète en disant que l’on ne se séparait point sans emporter le réconfort d’une bonne parole souvant suivie d’une bonne action.

Il aimait à faire plaisir, il plaçait sa foi dans le fait de rendre service et sa façon d’obliger relever encore le prix de son obligeance.

L’agrément de ses manières, la distinction de sa réserve, la bonhommie avec laquelle il accueillait le passage de tous les enfants de la commune, prodiguant à chacun d’eux la parole ou le geste qui allait faire éclater leur foi comme il avait fait à nous-mêmes alors que nous étions de leurs âges faisait de lui le plus séduisant des amis. Mais aucune de ces vertus aimables n’égalait son inflexible et scrupuleuse droiture.

Homme de coeur, d’esprit et de droiture Etienne François était l’honnête homme dans la forte acceptons que nous aimions à donner à terme.

Oui, il fut tout cela, et j’en atteste cette douleur qui étreint chacun de nous, j’en prends à témoin ces visages où se lit l’expression mal contenue d’un chagrin qui ne veut pas être consolé ! Nous l’avons perdu à jamais, l’ami sûr et fidèle qui d’un geste spontané, d’une phrase heureuse, d’un sourire où se refletait la sensibilité la plus pure, savait donner pour ne plus se reprendre. Au moins ses amis lui voueront-ils un culte ardent et pieux.

Ils feront mieux encore : ils reporteront sur ses parents, la plus grande part de ce tendre attachement qu’ils éprouvaient pour lui.

A l’épouse qu’il laisse, aux filles, aux fils, aux gendres qui sont devant nous, nous offrons toute notre respectueuse et affectueuse sollicitude pour leur permettre de supporter le choc du destin.

Le souvenir de l’intelligence et du grand coeur qu’ils pleurent vivra à jamais dans nos mémoire.

Puissent-ils trouver dans la profondeur de nos sympathies unanimes quelques apaisements et quelques amères douceurs.

Etienne François, Adieu »

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