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Petites Histoires

Le cimetière Sarde d’Aussois

A Aussois, en Maurienne, existe un cimetière Sarde. Avec des vrais gens de Sardaigne dedans. Quelle idée de construire un cimetière Sarde en Maurienne : éléments de réponse.

Quelques rappels historiques

La Maurienne est une province du duché de Savoie. Disons qu’en gros, le duché de Savoie est composé de la Savoie propre (Chambéry), la Maurienne, La Tarentaise, Le Genevois (vers Annecy), Le Faucigny et le Chablais (comme le vin).

En 1713, le Duc de Savoie (Victor Amédée) reçoit en cadeau la Sicile et va l’échanger contre la Sardaigne. Cela crée le Royaume de Sardaigne, ou Royaume Sarde. Pour l’anecdote, c’est le même Victor Amédée qui créera les mappes sardes, le cadastre Napoléonien d’avant Napoléon. D’où l’existence de vieux cadastres en Savoie.

En 1792, la révolution fait rage en France, et la Savoie passe sous pavillon français. Elle porte alors le nom de département du Mont-Blanc jusqu’en 1815 quand, avec le congrès de Vienne, notre bon Victor Emmanuel I de Sardaigne récupère le Piémont et la Savoie. On raconte d’ailleurs que les Savoyards détestaient les Piémontais, mais moins que les Français et donc, ils acceptèrent de redevenir Sardes.

Bref, on est donc en 1815, La Savoie est comprimée entre les ultra puissances françaises et sardes et appartient à cette dernière.

Histoire locale

Victor-Emmanuel Ier va utiliser en partie la confortable indemnité de guerre versée par les Français pour fortifier les Alpes, et interdire ainsi le passage de l’armée française vers l’Italie.

Il va élever 5 ouvrages en Haute Maurienne, car l’évasement de la vallée met l’ensemble des forts hors de portée de l’artillerie ennemie qui viendrait à s’installer sur les sommets alentours. Baptisés de prénoms des membres de la famille royale de la Maison de Savoie, ces forts aux murs épais se protègent réciproquement par des tirs croisés.

Afficher Esseillon sur une carte plus grande

Comme vous le constatez, la barrière des forts croise la route principale pour aller en Italie, la Route du Mont-Cenis.

Aurélien Le Métayer – Le fort Victor Emmanuel

Tout ça pour dire donc que les forts de l’Esseillon ont été construit avec les sous des Français par les Sardes en Savoie pour protéger le Royaume de Sardaigne des Français. Vous suivez ?

Sachant qu’en 1860, les Français se sont alliés aux Sardes pour aller taper les Autrichiens, et qu’après cela le royaume de Sardaigne est devenue l’Italie, les Savoyards se sont encore une fois trouvés le c** entre deux chaises (Italie et France) et lors d’un référendum, ils ont voté pour appartenir à la France.

De l’utilité d’un cimetière

Evidemment, les forts comprenaient des garnisons de soldats (certainement au moins 1500 dans le plus grand fort de tous, le Victor-Emmanuel) et ceux-ci pouvaient venir à mourir d’où l’intérêt de leur dédier un cimetière qui se trouve aujourd’hui sur la commune d’Aussois. Il a été construit en 1825 mais à l’écart du village.

Le cimetière Sarde d’Aussois

Placé sous le patronnage de St Jean L’Evangéliste, il était donc destiné à accueillir les défunts des garnisons et du hameau de l’Esseillon. Ainsi la commune d’Aussois comptait 2 paroisses, 2 états-civils et 2 bureaux de postes par exemple. Les habitants du village et de la forteresse vivaient donc côte-à-côte sans se prêter attention.

Plan du cimetière Sarde d’Aussois

Le cimetière est totalement symétrique, autour d’un calvaire central, 2 allées en croix délimitent 4 carrés d’inhumation catholiques (3) dominés par une chapelle destinée aux offices en plein air (1). Au nord, une deuxième enceinte était (peut-être) destinée aux soldats d’autres confessions.

L’intérieur de l’enceinte principale avec la chapelle et les carrés d’inhumation

Quizz du siècle : à quoi servaient les zones notées (2) sur le plan et visible sur la droite de la photo ? à vos commentaires. 

Pour finir, sachez qu’il n’y a pas dans ce cimetière que des soldats Sardes (ou Italiens) car lors de la campagne d’Italie de 1860 (les français et les Sardes qui vont taper les Autrichiens) seront enterrés dans ce lieu 11 soldats Français et 1 Savoyard (donc Sarde).

Fin de ce premier hors piste, sans utilisation d’ARVA ni du RECCO. A vos commentaires pour le Quizz ou toute autre remarque. 

Sources et Crédits

  • www.marmotte73.fr (photographie d’Aurélien Le Métayer)
  • http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/page/affichelieu.php?idLang=fr&idLieu=1510
  • Les Articles de nos amis de la Wikipedia Company

11 Comments

  1. Annick

    Merci pour la rédaction de cette page et des photos sur ce cimetière sarde d’Aussois. En faisant des recherches généalogiques sur une branche « savoisienne » d’aïeux, je viens de découvrir que l’un d’eux avait été « officier de place » dans ce fort de l’Esseillon et que 2 de ses enfants y étaient nés et baptisés à Aussois en 1848 et 1851. Qui peut me dire quelles étaient les fonctions d’un officier de place dans un tel ensemble (qui abritait aussi des prisonniers politiques en 1850) ?

  2. Mince, j’ai raté la bataille !
    Ça me fait penser au village dont ma mère est originaire. C’est un petite bastide montagnarde, en Ariège.
    Les rues y sont très pentues et en hiver, il faut se tenir aux cordes accrochées le long des murs pour ne pas tomber lorsque le pavé est glacé. Le problème, c’est que le cimetière, lui, il est en haut. C’est pas très malin, j’en conviens. Du coup, il est parfois impossible d’amener les cercueils au cimetière. Dans ce cas, on a recours à un cimetière temporaire en bas du village. Quand le dégel arrive, on déterre le mort et on va le ré-enterrer en haut.

    • Jolie anecdote sur ce cimetière. C’est quel village?

    • il s’agit de La Bastide-de-Sérou et l’anecdote s’est produite encore il y a quelques années seulement.

  3. Isabelle

    C’est loin du Pays Basque !

    C’est une très bonne idée ton article

    Bon tentons :
    à ranger les pelles ?
    à garder les corps quand le sol était gelé ?

    Plus d’idées !

    C’est toi sur la photo en haut ?

    • Gagné !
      Cela servait en été de chapelle et en hiver à garder les corps lorsque le sol gelé interdisait toute sépulture.
      En effet, pas besoin de ça au Pays Basque j’imagine.
      Et non, ce n’est pas moi sur la photographie du haut, malheureusement 🙂 j’aurais bien aimé être à sa place 🙂

  4. La réserve de vin chaud ? XD

  5. Bon alors déjà : je n’en ai aucune idée ! ^

    Ensuite, si tu dis que 1 est une chapelle, alors je suppose que 2 n’en est pas une. (quelle force de déduction ! Je me surprends moi-même)

    Des ossuaires ?

    • Pas des ossuaires.
      Par contre l’utilité était primordiale pour ce cimetière, vraiment primordiale.

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