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Rootstech 2013 : Le futur de la généalogie

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Parmi les différentes conférences de la Rootstech 2013 (la grand-messe de la généalogie technologique aux États-Unis), l’une aura pour thème « The Future of Genealogy« . Lors de cette conférence, différents bloggers américains sont invités à discuter autour du futur de la généalogie et différentes questions sont proposées pour orienter la discussion.

Voici ces questions et mes réponses personnelles.

What was the most amazing development in the field of genealogy and family history for 2012 ?

Quelle a été l’évolution la plus marquante dans le domaine de la généalogie et de l’histoire familiale pour l’année 2012 ?

La généalogie mobile.

Pour moi, 2012 a été clairement la véritable année de la mobilité pour la généalogie, en France. Pour plusieurs raisons. La première évidemment est le nombre de smartphones vendus dans le monde, qui est en pleine explosion. Selon le cabinet IDC, 712,6 millions smartphones ont été vendues en 2012, soit 44% de plus qu’en 2011.

La deuxième raison évidente, c’est que le choix des applications mobiles de généalogie est toujours plus important. Je me rappelle qu’en 2010 je comparais l’application Ancestry (en Anglais seulement) à la toute nouvelle application Geneanet sur iPhone. C’était à ma connaissance les deux seules applications mobiles de généalogie et uniquement disponible pour iPhone. Aujourd’hui, on peut trouver de très nombreuses applications mobiles de généalogie de qualité parmi les grands éditeurs français (CDIP et BSD Concept ou encore Geneanet) et internationaux (Ancestry et MyHeritage). Ces applications sont toujours plus simples, plus belles et plus efficaces. FamilySearch a aussi fait le choix du mobile pour indexer certains documents, et d’autres applications comme Evernote peuvent vraiment vous aider dans vos recherches.

On sent bien l’importance et l’intérêt que portent les éditeurs de généalogie aux smartphones. D’ailleurs, c’est en 2012 que le CEO d’Ancestry a déclaré que les nouveaux produits de la firme seraient développés d’abord sur les plateformes mobiles. Cette phrase est l’illustration parfaite que 2012 a été l’année où la généalogie mobile a vraiment progressé.

Capture d'écran de l'application Ancestry pour Android
Capture d’écran de l’application Ancestry pour Android

Is there a “typical genealogist?”

How would you describe the demographic of the genealogy consumer industry in the United States ? Outside of the US ?

Y at-il un «généalogiste typique? »

Comment décririez-vous la situation démographique de l’industrie de consommation généalogique aux États-Unis? En dehors des États-Unis?

Je pense que différentes études existent sur le sujet. Je ne les ai pas lu mais voici le portrait-robot du généalogiste typique que je fais :

  • Avant tout un passionné +++++
  • Exigeants +++
  • Fidèle
  • Partageur
  • Méthodique
  • Mobile dans ses recherches
  • Puis seulement vient dans mon esprit l’expression « retraité pas vraiment geek ».

Cela a plusieurs conséquences pour l’industrie généalogique hitech, à mon sens :

  1. La technologie généalogique doit être simple, accessible, ergonomique
  2. L’interface doit être intuitive, et le nombre de clic pour une action le plus faible possible.
  3. Le logiciel doit être exempt de bug car le généalogiste a besoin d’avoir une confiance absolue dans son logiciel. Il est hors de question qu’il puisse perdre des données
  4. L’éditeur doit être en mesure de proposer ses outils sur toutes les plateformes, y compris mobiles
  5. Le généalogiste ne doit rentrer qu’une seule fois ses données (comprendre : si je les rentre sur mon smartphone, elles doivent se synchroniser avec mon PC et inversement)
  6. Le logiciel doit s’adapter aux méthodes de recherche locales (la recherche en France n’est pas la même qu’aux Etats-Unis)
  7. Le logiciel doit pouvoir communiquer avec les autres logiciels sans perte de données
  8. Le logiciel doit être capable de me dire quand je me trompe.

Le généalogiste est fidèle à ses outils, et comme il est passionné, il est capable de dépenser de l’argent pour ses outils. Mais ceux-ci ne doivent pas le décevoir. Rappelons nous des déceptions à la sortie d’Heredis 13 bien visibles sur le forum bsd-pour-tous.

Are there any setbacks or pushbacks you’ve seen over the past few years that are a cause for concern, especially when it comes to growth of the genealogy industry ?

Y a-t-il des échecs ou des reculs que vous avez vus au cours des dernières années, qui sont une source de préoccupation, en particulier quand il s’agit de la croissance de l’industrie de la généalogie?

Oui : la norme GEDCOM.

Le généalogiste est partageur, mais le généalogiste est limité dans son partage par l’obsolescence de la norme gedcom actuelle, par l’inertie de la création du gedcom XML (une avancée potentielle qui ne verra probablement jamais le jour) mais surtout par le malin plaisir qu’ont les éditeurs (notamment français) à ne pas respecter cette norme, et à (volontairement ?) empêcher une exportation des données efficace, propre, exhaustive, et compatible avec les autres logiciels.

Cela limite la croissance de l’industrie généalogique dans plusieurs domaines : 1) les sites internet de partage se basant sur la norme gedcom, les arbres généalogiques mis en ligne se voient amputés de certaines informations intéressantes. 2) Les généalogistes sont réticents à essayer de nouveaux logiciels de généalogie parfois plus performants de peur de perdre leurs données et ainsi l’innovation technologique n’est pas la première priorité des éditeurs déjà installés.

Ainsi ça limite les innovations, empêche le partage finalement pénalise le généalogiste amateur ou professionnel.

Five years from now, what will be the most popular method for the “newbies” to find genealogy and get hooked ?

Dans 5 ans, quelle sera la méthode la plus populaire pour les débutants pour compléter leur généalogie et devenir passionné ?

1) Pour devenir passionné

Les débutants vont un jour se poser la question d’où ils viennent, comment vivaient leurs grand-parents, puis vont regarder leurs photographies anciennes et questionner mamie sur « qui est qui ? ». Puis ils vont commencer à chercher des données sur leurs ancêtres. Pour devenir passionné sur un sujet passionnant, pas besoin de trucs et astuces, pas besoin de modernité. Ils vont faire comme j’ai fait, comme vous avez fait. Juste se prendre au jeu.

2) Pour trouver des données

Naturellement, ils vont alors se tourner vers internet et les sites de généalogie et d’archives en ligne comme d’autres ont pu se rendre dans des salles de lecture ou des associations généalogiques.

Mais la fibre généalogique, il l’auront déjà eu, vous savez, juste après avoir discuté avec leurs grands-parents.

In a post-WDYTYA world, what role will media (television, print, online) play in the genealogy field ?

Dans un monde où WDYTYA (émission télévisuelle généalogique aux USA, très grand public) n’existe plus, quelle est la place des médias dans le domaine de la généalogie ?

Le champ de la généalogie est une niche culturelle pour amateurs exigeants.

Le rôle des médias grands publics (télévision, radios) est très limité. En effet la population cible (susceptible d’être intéressé, donc le généalogiste) est très faible par rapport à la population source (qui consomme une chaîne ou une radio généraliste). Le seule possibilité, ou presque, est de présenter la généalogie d’une manière très superficielle, très simple et sans aller dans les détails. Donc des sujets de quelques minutes qui n’intéresseront que très peu le généalogiste passionné (qui n’apprendra rien de nouveau) mais qui seront susceptibles de faire découvrir ce hobby au grand public.

Les médias spécialisés (presse spécialisée, internet, podcast), eux, ont une population cible = population source. Si leur programmation est de qualité, ils arriveront à vendre leur magazine ou avoir de l’audience sur internet et à vendre leurs espaces publicitaires (très ciblés également). Ils arriveront donc à vivre correctement tout en rythmant le quotidien du généalogiste en lui présentant des nouveautés, des actualités, en le faisant réfléchir, progresser, etc.

Couverture Revue Française de Généalogie n°200
Couverture Revue Française de Généalogie n°200

Three word max: “amazing genealogy product name” ? En trois mots maximum, « nom d’un produit généalogique incroyable » ?

Programme Indexation FamilySearch

Logo du programme d'indexation de FamilySearch.org
Logo du programme d’indexation de FamilySearch.org

What role will technology play in the genealogy and family history industry in the near future?

Dans un futur  proche, quel sera le rôle des technologies dans le secteur de la généalogie et l’histoire familiale ?

Le but de toute technologie est d’aider l’Homme, de le suppléer dans certaines tâches et d’améliorer le rendement de son travail.

La technologie généalogique n’y échappe pas. Elle doit se mettre au service du généalogiste : dans ses recherches (avec les archives en ligne, les arbres en ligne), dans son organisation (Evernote, les logiciels de Généalogie). Elle a pour but d’améliorer la disponibilité des documents disponibles, d’améliorer le rendement de recherche, etc.

Le principal défaut de la technologie, et notamment en matière de généalogie, c’est le manque de simplicité de l’outil technologique. Et dans les prochaines années, c’est plus sur l’ergonomie de l’outil qu’il faudra travailler que sur le contenu disponible. L’exhaustivité viendra mais demande du temps). Une technologie aussi performante soit elle ne devient qu’efficace lorsqu’elle est accessible à tous, lorsqu’elle est simple. Il ne faut pas que l’initiation à l’outil soit trop longue. Aujourd’hui, quand on regarde les différentes archives en ligne, il y a autant de technologies que de département. Quand on veut faire communiquer les logiciels, il y a autant de langage de fichiers que d’éditeurs. C’est le principal problème.

Pour résumé, il faut se rappeler de ce qui a fait le succès de Google dans les années 2000 : une page blanche, un champ de recherche, des résultats pertinents. C’est cette simplicité qu’il faut mettre en exergue.

La simplicité est la clef du succès pour des outils technologiques (Page accueil Google, 1999)
La simplicité est la clef du succès pour des outils technologiques (Page accueil Google, 1999)

Over the next five years, what will be the biggest motivator or product or concept to propel genealogy forward ?

Au cours des cinq prochaines années, quel sera le plus grand facteur de motivation ou produit ou concept pour propulser la généalogie vers l’avant ?

L’indexation des documents est pour moi un des projets qui peut le + propulser la généalogie dans une nouvelle ère.

Aujourd’hui, nous sommes bien nombreux à chercher d’abord les noms, prénoms, dates et lieux de NMD pour remplir notre arbre. Une majorité de notre temps est consacré à cela. Avec l’indexation, il faut imaginer que ces informations seront mises sur un plateau et notre temps de recherche pourra enfin se consacrer à ce qui est le plus important : qui sont-ils réellement ?

18 réflexions sur “ Rootstech 2013 : Le futur de la généalogie ”

  1. Je pense qu’il manque un élément important sur le développement de la généalogie ces dernières années, c’est la mise en ligne gratuite des archives dans une majorité de départements.

    Comme toi, je pense que l’indexation massive sera une cle pour le futur. La question est: cette indexation sera t’elle collaborative et accessible gratuitement au plus grand nombre ou bien se réservera t’elle de plus en plus aux entreprises commerciales qui vendront le fruit de leur travail ?

    De la réponse dépendra aussi l’extension de la généalogie. Les passionnes suivront car ils y mettront les moyens, mais je ne suis pas sur que les « vocations » iront en grandissant.

    1. Tu as raison sur plusieurs points :

      1) la mise en ligne des archives est un élément majeur de la pratique généalogique en France ces dernières années. Cela aurait pu remplacer la généalogie mobile dans la première question. Mais 2012 n’a pas forcément été une année particulièrement brillante dans ce domaine : le procès NF-Cantal, la délibération de la CNIL m’ont fait pencher pour la généalogie mobile. D’autant plus que les deux grandes années de mise en ligne sont la première année et la dernière, une fois que tous les départements l’ont fait. Il y a encore du chemin.

      2) Mais surtout, tu pointes du doigt tout l’enjeux actuel : Qui aura la main mise sur l’indexation : les utilisateurs ou les éditeurs ? Quel modèle voulons nous réellement : la réaliser nous-même (cela demande temps, rigueur et organisation +++, ce n’est pas évident à mettre en oeuvre) ou la déléguer à un tiers et donc payer pour y avoir accès.
      La réponse la plus répandue reste « collaboration gratuite, utilisation gratuite, mais sans travailler ». Ce n’est pas une option possible.

    2. Je reviens sur le sujet, pour le point 2, plus précisément.
      Des exemples concrets existent. L’indexation des registres paroissiaux, puis de l’état civil des Archives des Côtes d’Armor a été réalisé par les fourmis du CG22.
      A l’issue, le fruit de ce travail a été remis aux AD qui mettent en ligne leur propre outil: Genearmor.

      De son coté, le CG22 possède son propre outil, un peu plus poussée, Corail Net.

      Un bon exemple me semble t’il : Donnant-donnant.

      Tout le monde y gagne. Cela nécessite certes un peu plus de temps que si l’indexation était faite à Madagascar comme le fait NF.com, mais je préfére me fier à des dépouillements réalisés par des généalogistes qui s’interessent particulièrement à certains villages du département qu’à des collaborateurs d’une entreprises dont le seul interêt pour ce travail réside dans le salaire qu’ils toucheront (aussi respectable que soit cette motivation que je ne conteste pas).

      Amicalement

    3. L’exemple des Mormons est un bon exemple.
      Je précise tout de suite que je ne suis pas membre de cette « église ».

      Maintenant, ce que j’aimerais bien dans mon pays, c’est que nous fassions preuve de pragmatisme de temps a autre.

      Des sociétés privées (et c’est leur droit) souhaitent numériser et indexer des données pour les vendre a leurs clients.

      Les mormons proposent de numériser nos archives gratuitement, la seule contrepartie souhaitée est d’avoir une copie pour Salt Lake City afin de pouvoir « baptiser » leurs ancêtres selon leurs rites.

      Ils ont des moyens phénoménaux.

      Je ne sais pas pour toi et tes lecteurs, mais pour ma part, savoir que mon AAAAGP en Auvergne a été baptisé selon les rites mormons, aux USA, ne me fait ni chaud, ni froid.

      On serait dans du donnant-donnant.

      Par contre, nos AD qui manquent cruellement d’argent pourraient préserver une partie de leur budget tout en obtenant une numérisation d’une partie de leurs fonds, permettant ainsi une meilleure sauvegarde.

      Mais il y a peut être des contre arguments que je ne vois pas.

      Amicalement

    4. Les mormons ont déjà « numérisé » nos données (microfilmées). C’est d’ailleurs la plupart du temps ce que l’on retrouve en ligne sur les sites des AD. Pour les entreprises privées, à mon sens, elles ne doivent vendre que la valeur ajoutée qu’elles créent. Pas les actes/photos numérisés par les archives.
      A lire à ce sujet l’article d’il y a deux ans sur ce blog qui s’appelle « brainstorming sur la numérisation des archives » ou un truc du genre.

  2. Ce que j’observe, sans entrer dans les détails, c’est que la généalogie intéresse TECHNIQUEMENT de plus en plus de gens, marketeurs, développeurs, porteurs de projets, etc. Et cela, c’est plutôt bon signe pour le développement de notre loisir !

    1. C’est clair. Ça ne peut que les pousser à améliorer leurs services, au profit des utilisateurs que nous sommes.

      Au plaisir de te lire.

    2. Je crois que nous ne sommes en réalité pas si nombreux que ça à nous intéresser à la « technique » en France. Le Gedcom XML a été abandonné depuis bien des années et Rootstech 2012 nous avait promis l’avènement d’un nouveau standard, « the » Gedcom-X dont la déroute est passée totalement inaperçue.
      Cela n’enlève rien à l’intérêt de ton très bon article et des commentaires instructifs. Pour un plus large écho, peut-etre aurons-nous cette année des videos sous-titrées en français ?…

    3. 1) Je pense que nous sommes très nombreux à nous intéresser au résultat de la « technique ». Tout le monde veut un logiciel qui ne soit pas une usine à gaz, qui soit simple d’utilisation et exhaustif. C’est aux développeur de s’intéresser à la technique et de nous proposer des produits qui répondent à notre demande.

      2) Je ne suis pas certains que les vidéos VOST seront disponibles. Mais je suis sur que le blog de familysearch en français et twitter (mot clef : #RootsTechFR) nous aideront à y voir plus clair.

    4. Il ne faudrait pas que « s’intéresser aux résultats » se résume comme souvent à critiquer les défauts de chaque évolution.C’est dans ce sens que je pense qu’il serait souhaitable de plus s’impliquer « techniquement » mais aussi de mieux s’organiser, afin d’être constructif, en amont. (en suivant aussi ce qui se passe dans le monde #RootsTechFR)

  3. Merci Clément pour ces réflexion passionnantes.

    Cela vient alimenter mes propres réflexions. En temps que développeur au service de la généalogie j’ai besoin de confirmer que nous allons dans le bon sens.

    Pour moi la simplicité doit être au cœur des préoccupations des créateurs de logiciels et services web, le second facteur de succès et pour moi le fait de simplifier l’accès au savoir. Un généalogiste doit passer son temps sur qui sont ses ancêtres mais pas sur la collecte et la centralisation d’information. Pour moi l’outil idéal est celui qui permet de mettre à disposition les informations aux généalogistes afin que ces dernier utilise leur temps de manière efficace.
    Je pense sincèrement que la mutualisation des connaissances et une des clefs pour réussir à se dégager du temps dans la recherche de ses ancêtres.

    Au plaisir d’en discuter avec toi.

    À bientôt,
    Pierre

  4. Merci Clément de nous faire partager tes points de vue et observations.
    J’espère que cette nouvelle norme GEDCOM apparaîtra un jour ou l’autre car je trouve ça exaspérant de ne pas pouvoir profiter de l’ensemble des données intégrées dans le logiciel.
    Peut-être qu’un scoop va être annoncé lors de la rootstech :-))? Let’s hope.

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