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Chapitre B : Les Bècle cultivent des bécles de Béclan

Neublans, mardi 14 octobre 1777. 

Joseph rajuste son costume. Il transpire un peu, il est tout à la fois heureux et fatigué. La journée se termine mais il reste encore au moins une semaine à vendanger toutes les terres des Froissard de Broissia. Ses copains le charient, un Bècle qui vendange du Béclan, c’est pas banal. Lui, il s’en fout de savoir si Bècle vient de ce maudit raisin. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il vient de mettre son tout nouveau costume, pour la première fois, et que demain, il restera des grappes de Béclan à couper et à transporter.

1680620550En se dirigeant vers l’église, il marmonne encore dans sa barbe, fraîchement taillée : « mais pourquoi a-t-il choisit cette date, en plein milieux des vendanges, pour se marier ». En fait, Jean-Pierre a décidé de se marier parce qu’il en avait envie. La fougue de la jeunesse. Il a bien pensé aux vendanges, mais le 14, elles auraient dû être terminées.

Jean-Pierre Bècle connait Jeanne Perron depuis toujours. Ils sont de Neublans, tous les deux. Elle a quatre ans de moins, il l’a trouve timide. Elle aime sa gentillesse, ses épais sourcils noirs et son côté débrouillard, il l’aime, tout court.

Mais il n’est pas si facile d’aimer Jean-Pierre en retour, il est toujours en vadrouille : l’automne, il vendange. Le printemps, il travaille dans les champs, se débrouille. Le reste du temps, il essaye d’apprendre à devenir couvreur parce qu’il pourrait être plus autonome. Il n’est pas si bête, il pourrait s’en sortir et faire en sorte qu’il laisse quelque chose à ses enfants. Et puis il y a les autres femmes, Jean-Pierre n’est pas un coureur de jupon, mais il n’est pas moche et pas idiot. Il sait y faire. Jeanne le sait, elle est jalouse mais aujourd’hui, c’est avec elle que Jean-Pierre se marie.

Avec l’aide de sa mère, elle enfile sa robe de mariée. Jeanne n’avait pas bien les moyens d’aller à la ville pour l’acheter. Elle a alors récupéré une vieille tenue et, en quelques coups de ciseaux habiles, en a fait une jolie robe pour son mariage. Pour une fois que la tailleuse du village se confectionne quelque chose, il fallait que ce soit parfait.

1515197771Jean-Pierre est déjà à l’Eglise. Il salue le curé, tout transpirant en cette fin de journée, Michel (qui lui donne quelques conseils pour prendre soin de sa fille), Pierre, son ami de toujours qui tient l’auberge où sera servi le dîner. Claude vient d’arriver également, il a simplement fait un détour par l’auberge pour déposer les pains qu’il vient de sortir de son four de Longwy. Il ne manque plus que son père qu’il voit arriver au loin, tout bien habillé et le MOTTET qui doit être encore en retard.

Et bien sûr, il manque sa Jeanne.

Neublans, le 2 janvier 1788.

Lorsqu’il a entendu la rumeur se propager jusqu’à Beauvoisin, il est rapidement descendu de son toit laissant en plan le chantier. Il a couru jusqu’à chez lui, en pleurant. Jamais il n’aura couru si vite.

Il tient maintenant dans ses bras les trois enfants nés de son amour pour Jeanne : Jean-Pierre, Etienne et Denis. Il ferme les yeux et pense à l’aînée, Anne, morte subitement alors qu’elle n’était encore qu’une enfant, au bébé qui devait arriver, au soleil couchant de l’automne 77, à Jeanne les cheveux bruns dans le vent du soir, la robe légère parfaitement ajustée, le curé, l’autel, Michel, l’odeur du pain, le vin nouveau, les vignes, le bal où il l’a vu pour la première fois, son regard, son odeur, son baiser ce matin, son dernier baiser.

Jean-Pierre se mariera de nouveau en septembre 1788 avec Marie Girardot puis en mai 1792 avec Claudine MIAT. Elle donnera naissance à deux filles : Anne, qui est née pendant qu’il était encore marié à Marie et Anne-Josephe. Il décèdera à 66 ans à Beauvoisin. 

Voici les lieux de vie de Jean-Pierre Bècle : 

Deux orthographes retrouvées dans les actes.

Chapitre A : Avant-propos

Durant les prochains jours, je vais vous raconter une histoire. Cette histoire, c’est l’histoire des Bècle. Du patronyme et de ceux qui l’ont porté au fil du temps. Une histoire qui pourrait être étoffée, mieux sourcée et documentée si seulement les archives du Jura étaient en ligne, si seulement j’avais plus de temps. Mais après tout, je ne vais raconter que ce que je sais, ce que je crois savoir. En physique, on dit « cette théorie est vraie jusqu’à preuve du contraire ». Il en sera de même ici.

Ainsi on devrait au fil des époques découvrir des couvreurs à paille dans un petit village du Jura, une marque de muscat de Frontignan, un abbé qui aurait fait escale au Vatican, la vie d’une sage-femme à Nîmes en 1944, une jeune fille accouchant sous X à l’Hôtel-Dieu de Lyon, une famille de négociant en vin à Villefranche ou encore deux petits américains.

Mais avant de se plonger dans la vie des Hommes, il convient de cerner le sujet, le nom. Car Bècle n’est pas un nom courant. Je suis intimement convaincu qu’il n’existe qu’un ancêtre commun unique, quelque part dans un village du Jura.

Deux orthographes retrouvées dans les actes.

Deux orthographes retrouvées dans les actes.

L’énigme de l’origine de ce nom est ma première épine généalogique. Et elle n’est pas réglée. Si dans la famille, nous avons plusieurs hypothèses, plusieurs histoires possibles, il convient de les passer en revue, encore une fois, méthodiquement et d’en choisir une que nous considérerons comme vrai, au moins pour ce soir.

D’abord, parlons de l’orthographe de ce mot, Bècle, car cela pourrait avoir de l’importance. Il y a sur ma carte d’identité un accent grave sur le è mais celui-ci n’a pas toujours existé. Sur certains actes, je retrouve un accent circonflexe, parfois un accent aigu. S’agit-il de facéties du rédacteur, ou simplement d’une évolution du nom ? Parce que si certains l’écrivent « Bêcle » et que l’on en revient aux fondamentaux de l’accent circonflexe on pourrait tout aussi bien écrire « Bescle ».

Ensuite parlons de l’origine géographique des Bècle. C’est un nom de famille rare, et toutes mes recherches ascendantes me mènent dans le Jura, particulièrement le village de Neublans. Il semble néanmoins exister une deuxième branche, les Bècle-Berland, en Isère. Maintenant étudions les différentes pistes.

La première piste, celle du vin.

Dans le Jura, il existe un cépage noir appelé le Béclan. En quelques clics sur Gallica nous obtenons une fiche très détaillée de ce cépage finalement assez rare.

Extrait de "Ampélographie : traité général de viticulture. Tome 5"

Extrait de « Ampélographie : traité général de viticulture. Tome 5″

 D’après l’auteur, G. Foëx, qui citent Ch. Rouget citant lui-même Ch. Toubin, Béclan viendrait de bécle employé dans le sens de treille dans un écrit salinois de 1671. Le lien est ténu, mais existe. 

Cette piste est intéressante parce que c’est celle qui a longtemps été colportée dans notre famille (« Bescle veut dire treille en patois jurassien ») mais surtout parce que c’est celle retenue par Jean Tosti. Elle est renforcée par l’origine géographique de mes ancêtres et leur métier : certains étaient vignerons.

En somme, retenons que les Bècle cultivaient des bécles de Béclan dans le Jura. 

La deuxième piste, celle du sobriquet métaphorique

La deuxième théorie que je vous présente, c’est celle de Philippe-Louis Bourdonné qui a rédigé au XIXè siècle un « Atlas étymologique et polyglotte des noms propres les plus répandus » dans lequel figure mon nom de famille.

D’après lui, Bècle est une variante de Bychan, mot celtique signifiant « petit ».  Il définit d’ailleurs, détail amusant, un grand Becle (Beclard) et un petit Becle (Beclus).

BYCHAN supplement-bychan

 

En somme retenons que les Bècle étaient de petits vignerons du jura, cultivant du Béclan sur des bécles. 

La troisième piste, celle de l’Abbé Joseph

Baptême MizouCette dernière piste est la plus ténue, la moins vraisemblable et aussi la moins argumentée de toutes. Chacun vous dira que l’Abbé Joseph était un homme très pieux, et très érudit. La question est de savoir quelle valeur est la principale de cet homme car son hypothèse est que Bècle soit un dérivé latin signifiant « la crosse », sous entendue celle de l’évêque. Était-ce une boutade de sa part pour inviter ses neveux à se rendre à l’église ou bien était-ce une réalité issue de sa grande connaissance des langues anciennes ?