Archives du mot-clé Bècle

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Chapitre F : Fille-Mère

Villefranche, le 29 mars 1846

Finalement, j’avais décidé de devenir tisserand et j’ai quitté Neublans peu de temps après Anne-Josèphe. Elle est allée à Lyon, se débrouiller comme elle pouvait. Aux dernières nouvelles, elle était blanchisseuse et habitait avec de nombreuses autres ouvrières rue Sala. Dans ses lettres, elle me raconte la ville, l’effervescence, la blanchisserie, les amies, la vie Lyonnaise, et Jean, le gentil charron du quatrième étage. Elle m’explique qu’il y a dix ans environ, les tisserands de la croix-rousse se sont révoltés et se sont fait massacrés. Elle m’explique que les survivants sortent le soir en ville, boivent tant qu’ils peuvent, défendent la République, se cachent, complotent. On les appelle les voraces. Elle aime cette ambiance. Pas moi. Je me suis arrêté à Villefranche.

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Je n’ai pas revu mes parents depuis mon départ. Quand on s’est marié, Claudine et moi, en janvier dernier, ils n’ont même pas fait le déplacement. Ils ont nommé Jacques, un marchand de bois de Béligny, pour les représenter. J’ai compris toute la rancœur que papa gardait envers la fille qui salissait son nom et envers son fils qui a préféré fuir plutôt que de l’aider.

Il est cinq heures du soir, je nettoie mon métier à tisser, je range mes étoffes et ma soie. Je rentre retrouver Claudine. Je ne me doute de rien.

Lyon, Hospices de la Charité, le même jour

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Louis Faure s’active. Une nouvelle entrée vient d’arriver. Il l’installe dans la salle commune puis va chercher le grand registre, sans un bruit. Inutile de demander pourquoi elle est venue, il le sait. Louis s’installe à côté d’Anne-Josèphe et commence son entretien. Il écrit, lentement :

Anne-Josèphe Bècle, 26 ans.

Cheveux noirs, front découvert, sourcils noirs, yeux gris très gros, nez bien, bouche moyenne, menton relevé, visage ovale.

Cette fille dit être née le 9 avril 1819, à Neublans (Jura). Elle n’a aucun papier si ce n’est une lettre portant le timbre de la commune de Deschaux. Informations prises, Anne-Josèphe Bècle est à Lyon depuis plus de quatre ans, sans interruptions. Elle dit être la fille de Denis Bècle, couvreur à paille et de Jeanne-Baptiste Faivre.

Anne souffre depuis quelques heures déjà. Elle a des douleurs fréquentes qu’elle ne connaît pas, qui reviennent, plus de trois à quatre toutes les dix minutes. On la rassure, lui dit que c’est normal, que tout va bien se passer. L’accoucheuse passe, le col est large, elle va bientôt enfanter.

Elle a pris sa décision il y a un mois maintenant. A contrecœur. Elle n’a jamais écrit à Claude à quel point la vie à la ville était difficile : on ne mange bien souvent pas à sa faim, on est entassé dans le même appartement, on travaille trop pour un peu de pain. Elle est maigre, souvent malade et n’est plus aussi jolie. Elle ne voulait pas l’inquiéter. Elle lui a menti.

Maintenant, elle se sent seule. Seule avec un enfant qu’elle aime, mais dont elle va devoir se séparer. Elle ne se rappelle pas qui est le père, il pourrait y en avoir tant. Seule sans une personne qui la comprenne à ses côtés, seule avec sa douleur, seule dans son lit d’hôpital, comme emprisonnée par la vie. Ses choix ne sont plus les siens. Elle fait ce qu’elle peut, motivée par un instinct de survie qu’elle ne comprend pas.

Il est une heure maintenant, Anne pleure, souffre, pousse, suffoque, sanglotte, transpire, se repose, puis souffre de nouveau. Elle sent son ventre se déchirer, elle n’a personne à qui serrer fort la main.

Lyon, Hospices de la Charité, le lendemain,neuf heures et demi du matin

Louis est devant la mairie. Il tient dans ses mains les trois petits cartons sur lesquels sont notés les trois naissances de la nuit. Il cherche des prénoms. Le plus souvent, il fait simple : il reprend le prénom de la mère, en l’arrangeant. Pour cette enfant, il hésite. L’appellera-t-il Anne, Josèphe, ou Anne-Josèphe. Non, il n’aime pas. Il l’appellera Joséphine. Ça sonne mieux. De toute façon, il fait ce qu’il veut, c’est lui qui déclare, c’est lui qui décide. Louis n’a que ce petit pouvoir, il en profite.

Anne est dans son lit, à l’Hospice. Elle n’arrive pas à se reposer. Joséphine est née il y a quelques heures déjà et elle ne l’a vue que l’espace d’un instant. Elle a vu ce petit corps, ce joli visage rond, entendu son cri, deviné son sourire. Ce petit ange va lui être enlevé. Elle hésite : et si elle se levait, changeait d’avis et reprenait Joséphine pour l’emmener loin d’ici ? Elle se relève dans son lit, puis retombe en arrière. Elle ne peut même pas faire cela. Joséphine sera emmenée à la crèche, vue par le chirurgien major, vaccinée et emportée par une inconnue le lendemain.

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Elle se souviendra toute sa vie de ce sourire, de ces pleurs, de ce petit bébé qu’elle voulait aimer, qu’elle n’a pas pu aimer.

Elle dit être dans l’impossibilité de faire élever son enfant. La mère et l’enfant sont déclarés sains. La mère est dans l’impossibilité d’emporter son enfant. 

 

Anne Josephe Bècle

Chapitre E : « Excuse-moi Claude »

Neublans, le lundi 19 avril 1841

Le fusain danse, les traits se mêlent, s’emmêlent, les arbres fleurissent sous mes doigts. Je rajoute le clocher de l’église, je passe mon doigt dessus pour qu’on ne puisse plus que le deviner. J’assombris le ciel, j’éclaire l’auberge, je rajoute un four à pain. Je crée mon Neublans, je choisis mon monde, je décide de tout dans mon cahier.

Derrière mon dos j’entends le plancher qui craque. Je reconnais le pas léger de ma sœur, et j’entends ses larmes tomber sur le sol. J’imagine la poussière que ces petites gouttes d’eau soulèvent, j’esquisse un sourire. Anne-Josèphe vient s’asseoir à côté de moi, elle tient contre sa poitrine une lettre dont je reconnais l’écriture, je remarque le timbre de Deschaux sur l’enveloppe. Elle me regarde droit dans les yeux, des larmes perlent sur ses joues. Elle reste silencieuse.

Dans la famille, on ne s’étend pas. On ne partage pas nos sentiments, on ne fait pas non plus semblant. Ma sœur et moi, on se comprend. On s’aime.

On ne se parle pas.

Dans la pièce d’à-côté, j’entends ma mère qui s’active. Papa rentrera bientôt des champs, il travaille avec Etienne en ce moment. Cela lui fait quelques sous. Je travaille avec eux, de temps en temps. Mais ce que j’aimerais faire, c’est un métier qui puisse me rapprocher de Claudine. J’ai pensé à teinturier comme son père, blanchisseur, linger, drapier, tisserand, négociant. J’ai même pensé être son client, mais sans le sous en poche, je n’irai pas loin.

Je tourne une page de mon cahier. Je lève les yeux vers ma sœur : ses grands yeux grisâtre me dévisagent. Mon fusain esquisse un visage ovale, y rajoute une jolie bouche, de longs cheveux noirs tirés en arrière qui découvrent son front. Des sourcils noirs, épais comme tout ceux des Bècle. Le menton ne me plait pas, je le fais une première fois, une deuxième, une troisième. Pour le nez, on m’a appris à ne faire que son ombre. C’est plus simple et ça fonctionne assez bien. Je rajoute quelques touches de couleur.  Ma sœur est belle comme ça. Je suis satisfait.

Anne Josephe Bècle

Anne Joseph Bècle, par CB

Elle va partir, je le sais. Je garderai ce croquis en souvenir. Elle ne veut plus de cette vie, de l’espoir de vivre avec cet homme, des allers-retours à Deschaux quand il en a envie, de la peur d’être grosse, de pleurer seule, le soir, dans sa chambre.

« Excuse-moi Claude, mais je dois le faire. Tu le sais. Je t’aime, je ne t’oublierai pas. Rassure maman, explique tout à papa, embrasse-les pour moi. Prends soin des sœurs, ne m’oublies pas ».

Ce sont des larmes d’homme qui soulèvent la poussière maintenant, et ça la soulève de la même façon.

 

Le dessin a été réalisé par Betty Carrot à partir du descriptif que font les Hospices civils de Lyon d’Anne Josèphe BÈCLE en 1846.

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Chapitre D : Denis est en difficulté

Neublans, le 3 janvier 1819

Denis se tient debout juste à côté de son frère. Cette fois il comprend très bien ce qui se passe. Il regarde le maître-couvreur d’Asnans-Beauvoisin une dernière fois. Tous les apprentis de son père sont venus et, parmi eux, Denis Perrin, le jeune couvreur de Fretterans.

À Fretterans, il a créé une tuilerie, car Perrin couvre avec des ardoises. Probablement va-t-il reprendre les chantiers d’Asnans car depuis trois ans, il les reprend tous. Le vieux Jean-Pierre regrettait souvent de l’avoir formé. Ou plutôt regrettait-il que ce ne furent ses fils qui eurent l’idée de développer l’ardoise. La réalité c’est que Denis aimait la paille, la poussière et son père. Il ne tiendra pas longtemps, il le sait. Mais il ne trahira pas son maître.

Les chantiers se font rares et bien souvent il est obligé d’aller donner la main dans les champs ou d’aller acheter quelques caisses de vins à la ville pour les revendre à Neublans. La première fois qu’il est allé à Villefranche, c’était il y a deux ans. Quand Claude est né. Il y a acheté du vin du Beaujolais. Il est moins fin que celui de Dijon mais il est aussi moins cher. Et à Neublans, on pense plus avec sa bourse qu’avec son palais.

Denis ferme les yeux. Il ne prie pas. Il pense. La paille, le soleil, la chaleur, Jeanne, ses fils, la vie. Sa mère, les tuiles, la mort. S’associer, changer, le vin, la ville, partir. Son père a réussi à changer de vie, pourquoi échouerait-il ?

Neublans, le 22 avril 1817

Les formes sont floues, les bruits sont sourds. Il fait froid. J’étouffe, je crie, je hurle. Je respire. Il y a des sons que je connais, mais j’ai de drôle de sensations. Il y a du vent qui sèche ma peau. Une main de femme qui me porte, la chaleur de sa peau qui me réchauffe. Papa me couvre d’un vêtement.

Neublans, le 18 avril 1840

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J’aime quand mon père nous demande d’aller avec lui à Villefranche. Papa n’est pas bavard, Jean-Baptiste non plus. Le trajet est long. Mais je sais que je vais revoir le visage fin de Claudine, ses cheveux blonds, son odeur qu’elle prend au linge qu’elle vend. Elle a seize ans, j’en ai vingt-trois. On attendra.

Le plus souvent, on se croise à Mâcon, notre deuxième arrêt après Chalon. Elle vient de Trades. Moi de Neublans. Je quitte mon père un instant pour la retrouver, elle est aux côtés du sien.

Elle m’a vu. Elle baisse les yeux. Elle sourit. Son père la regarde, me regarde, la regarde. Il a compris. Il lui donne un coup de coude. Elle s’excuse. Elle reprend son travail. Je reprends mon trajet, je remonte dans la carriole. Je suis maintenant en face de mon père.

Papa a le regard noir, le regard de ces jours où il est obligé de prendre sur le peu d’économies qu’il a pour essayer d’anticiper demain. Il serre dans sa main une bourse. Il regarde ses chaussures. Je sais qu’il ne couvre quasiment plus. Je le vois de plus en plus dans les champs, à la maison. Les temps sont durs. Il essaye de faire ce qu’il peut. Il est inquiet pour Anne Josèphe aussi. Sa fille a 21 ans. Elle aime un garçon. Il est marié.

Moi, je ne resterai pas à Neublans. Je partirai. Je le sais. Je partirai pour retrouver Claudine. Un jour, demain, je ne sais pas.

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Chapitre C : couvreur à paille, de père en fils.

Neublans, le mercredi 2 janvier 1788

Denis est là, un peu perdu. Il regarde à droite et voit sa maman endormie sur le lit. Il regarde à gauche et voit les rayons du soleil pénétrer dans la pièce principale par la porte laissée grande ouverte. Il sent la chaleur des bras de son père qui l’entoure de toutes ses forces. Une perle d’eau salée vient s’écraser sur son front.

Denis à quatre ans. Il vient de voir mourir sa mère.

Neublans, le samedi 4 novembre 1815

Denis est perché au-dessus de ces murs, seul. Il prend sans même le regarder son contrelatoir, concentré sur son tire-clou. Il s’agite tranquillement sous le soleil, plissant les yeux et visualisant ce toit qui est à peine commencé. Ses gestes sont presque automatiques maintenant. C’est auprès de son père qu’il a appris les nœuds coulant, les brassées de chaume et l’art de placer les poignées de paille. Il se rappelle l’odeur des vêtements de son père le soir, de ses mains abîmées, de ses échardes à enlever, de la paille dans ses cheveux bruns, d’un homme fatigué embrassant un petit garçon admiratif.

Plus tard, quand il était apprenti avec son frère, ils s’imaginaient couvrir toutes les maisons de la région. Ils étaient heureux de faire partie de cette famille de couvreur, et fier du courage qu’il a fallu à leur père pour se lancer dans l’apprentissage de ces techniques. Bien sûr, il y en a eu des erreurs, des chantiers mal finis, des toits à réparer. Mais Denis aimait ça, les gens, le travail, l’abnégation. Lui aussi il avait de la paille dans les cheveux le soir, de la poussière sur la chemise. Et il en était fier.

Au moment de se séparer les communes pour faire expérience, Jean-Pierre décida de s’occuper des maisons de l’Abergement, son père garda le domaine de Beauvoisin où il s’était fait une petite réputation depuis le temps et lui, décida de rentrer sur Neublans. Il y avait moins de maison à couvrir, il le savait, et il lui faudrait surement exercer d’autres petits travaux pour nourrir toute la famille.

Photo issue de http://malibele.tumblr.com/post/50504494994/couvreur-a-pailles

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Denis s’est marié il y a 10 ans et demi, avec la jolie blanchisseuse de Neublans, Jeanne Baptiste. Depuis, elle lui avait donné deux enfants, dont le petit dernier vient de naître, il y a quinze jours.  Ce matin, il semblait faible, refusant le sein, et geignant un peu. Denis aussi se sentait faible, après sa première semaine de travail sur le toit de cette maison. Et il savait qu’il lui restait au moins un bon mois avant de tondre au ciseau la paille du faîtage à la queue.

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Le soleil s’éloigne maintenant à l’horizon. Denis étale sa trousse en cuir sur une latte de bois et y range soigneusement ses tenailles, son marteau à couper, son marteau à hacher, sa truelle et tout ce qui traîne là-haut. il passe sa trousse autour du cou, puis descend l’échelle lentement. En bas, il dépose ses chevalets, son auge et la paille dans la grange puis prend bien soin de fermer la lourde porte en bois. Il rentre, comme tous les soirs, en passant par la forêt. Il marche lentement, il n’est pas pressé.

En arrivant chez lui, il est accueilli par Jean-Baptiste qui commence à bien marcher. Il court même un peu, ce qui n’est pas facile pour sa mère. Il est à un âge où l’on découvre tout, tout est question, tout est nouveau, tout est un jeu, même son petit frère. Jeanne, elle,  semble préoccupée : le petit dernier n’a pas tété de la journée, ou si peu. il est pâle, fatigué, épuisé. Elle a peur.

Neublans, le dimanche 5 novembre 1815

Etienne Gey somnole encore. Il est 4h30 du matin, le soleil n’est pas encore levé, lui non plus. Il n’ira pas à l’église ce matin, il n’a pas fini de préparer ses champs pour l’hiver.

On tape à la porte, on crie. Il reconnait la voix de Denis, mais pas son excitation. Il embrasse sa femme sur l’épaule et ouvre la porte. Denis est paniqué. Il parle vite, décrit les convulsions, la pâleur extrême, le petit corps qui n’a pas résisté, le petit corps inanimé. Son fils est mort, il faut aller le dire au maire, au marquis de Froissard Broissia. Maintenant, avant que le jour ne se lève.

Etienne prend un manteau, passe sa main dans ses cheveux ébouriffés, tape sur l’épaule de Denis. Les deux voisins s’enfoncent dans la nuit.

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Chapitre B : Les Bècle cultivent des bécles de Béclan

Neublans, mardi 14 octobre 1777. 

Joseph rajuste son costume. Il transpire un peu, il est tout à la fois heureux et fatigué. La journée se termine mais il reste encore au moins une semaine à vendanger toutes les terres des Froissard de Broissia. Ses copains le charient, un Bècle qui vendange du Béclan, c’est pas banal. Lui, il s’en fout de savoir si Bècle vient de ce maudit raisin. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il vient de mettre son tout nouveau costume, pour la première fois, et que demain, il restera des grappes de Béclan à couper et à transporter.

1680620550En se dirigeant vers l’église, il marmonne encore dans sa barbe, fraîchement taillée : « mais pourquoi a-t-il choisit cette date, en plein milieux des vendanges, pour se marier ». En fait, Jean-Pierre a décidé de se marier parce qu’il en avait envie. La fougue de la jeunesse. Il a bien pensé aux vendanges, mais le 14, elles auraient dû être terminées.

Jean-Pierre Bècle connait Jeanne Perron depuis toujours. Ils sont de Neublans, tous les deux. Elle a quatre ans de moins, il l’a trouve timide. Elle aime sa gentillesse, ses épais sourcils noirs et son côté débrouillard, il l’aime, tout court.

Mais il n’est pas si facile d’aimer Jean-Pierre en retour, il est toujours en vadrouille : l’automne, il vendange. Le printemps, il travaille dans les champs, se débrouille. Le reste du temps, il essaye d’apprendre à devenir couvreur parce qu’il pourrait être plus autonome. Il n’est pas si bête, il pourrait s’en sortir et faire en sorte qu’il laisse quelque chose à ses enfants. Et puis il y a les autres femmes, Jean-Pierre n’est pas un coureur de jupon, mais il n’est pas moche et pas idiot. Il sait y faire. Jeanne le sait, elle est jalouse mais aujourd’hui, c’est avec elle que Jean-Pierre se marie.

Avec l’aide de sa mère, elle enfile sa robe de mariée. Jeanne n’avait pas bien les moyens d’aller à la ville pour l’acheter. Elle a alors récupéré une vieille tenue et, en quelques coups de ciseaux habiles, en a fait une jolie robe pour son mariage. Pour une fois que la tailleuse du village se confectionne quelque chose, il fallait que ce soit parfait.

1515197771Jean-Pierre est déjà à l’Eglise. Il salue le curé, tout transpirant en cette fin de journée, Michel (qui lui donne quelques conseils pour prendre soin de sa fille), Pierre, son ami de toujours qui tient l’auberge où sera servi le dîner. Claude vient d’arriver également, il a simplement fait un détour par l’auberge pour déposer les pains qu’il vient de sortir de son four de Longwy. Il ne manque plus que son père qu’il voit arriver au loin, tout bien habillé et le MOTTET qui doit être encore en retard.

Et bien sûr, il manque sa Jeanne.

Neublans, le 2 janvier 1788.

Lorsqu’il a entendu la rumeur se propager jusqu’à Beauvoisin, il est rapidement descendu de son toit laissant en plan le chantier. Il a couru jusqu’à chez lui, en pleurant. Jamais il n’aura couru si vite.

Il tient maintenant dans ses bras les trois enfants nés de son amour pour Jeanne : Jean-Pierre, Etienne et Denis. Il ferme les yeux et pense à l’aînée, Anne, morte subitement alors qu’elle n’était encore qu’une enfant, au bébé qui devait arriver, au soleil couchant de l’automne 77, à Jeanne les cheveux bruns dans le vent du soir, la robe légère parfaitement ajustée, le curé, l’autel, Michel, l’odeur du pain, le vin nouveau, les vignes, le bal où il l’a vu pour la première fois, son regard, son odeur, son baiser ce matin, son dernier baiser.

Jean-Pierre se mariera de nouveau en septembre 1788 avec Marie Girardot puis en mai 1792 avec Claudine MIAT. Elle donnera naissance à deux filles : Anne, qui est née pendant qu’il était encore marié à Marie et Anne-Josephe. Il décèdera à 66 ans à Beauvoisin. 

Voici les lieux de vie de Jean-Pierre Bècle : 

Deux orthographes retrouvées dans les actes.

Chapitre A : Avant-propos

Durant les prochains jours, je vais vous raconter une histoire. Cette histoire, c’est l’histoire des Bècle. Du patronyme et de ceux qui l’ont porté au fil du temps. Une histoire qui pourrait être étoffée, mieux sourcée et documentée si seulement les archives du Jura étaient en ligne, si seulement j’avais plus de temps. Mais après tout, je ne vais raconter que ce que je sais, ce que je crois savoir. En physique, on dit « cette théorie est vraie jusqu’à preuve du contraire ». Il en sera de même ici.

Ainsi on devrait au fil des époques découvrir des couvreurs à paille dans un petit village du Jura, une marque de muscat de Frontignan, un abbé qui aurait fait escale au Vatican, la vie d’une sage-femme à Nîmes en 1944, une jeune fille accouchant sous X à l’Hôtel-Dieu de Lyon, une famille de négociant en vin à Villefranche ou encore deux petits américains.

Mais avant de se plonger dans la vie des Hommes, il convient de cerner le sujet, le nom. Car Bècle n’est pas un nom courant. Je suis intimement convaincu qu’il n’existe qu’un ancêtre commun unique, quelque part dans un village du Jura.

Deux orthographes retrouvées dans les actes.

Deux orthographes retrouvées dans les actes.

L’énigme de l’origine de ce nom est ma première épine généalogique. Et elle n’est pas réglée. Si dans la famille, nous avons plusieurs hypothèses, plusieurs histoires possibles, il convient de les passer en revue, encore une fois, méthodiquement et d’en choisir une que nous considérerons comme vrai, au moins pour ce soir.

D’abord, parlons de l’orthographe de ce mot, Bècle, car cela pourrait avoir de l’importance. Il y a sur ma carte d’identité un accent grave sur le è mais celui-ci n’a pas toujours existé. Sur certains actes, je retrouve un accent circonflexe, parfois un accent aigu. S’agit-il de facéties du rédacteur, ou simplement d’une évolution du nom ? Parce que si certains l’écrivent « Bêcle » et que l’on en revient aux fondamentaux de l’accent circonflexe on pourrait tout aussi bien écrire « Bescle ».

Ensuite parlons de l’origine géographique des Bècle. C’est un nom de famille rare, et toutes mes recherches ascendantes me mènent dans le Jura, particulièrement le village de Neublans. Il semble néanmoins exister une deuxième branche, les Bècle-Berland, en Isère. Maintenant étudions les différentes pistes.

La première piste, celle du vin.

Dans le Jura, il existe un cépage noir appelé le Béclan. En quelques clics sur Gallica nous obtenons une fiche très détaillée de ce cépage finalement assez rare.

Extrait de "Ampélographie : traité général de viticulture. Tome 5"

Extrait de « Ampélographie : traité général de viticulture. Tome 5″

 D’après l’auteur, G. Foëx, qui citent Ch. Rouget citant lui-même Ch. Toubin, Béclan viendrait de bécle employé dans le sens de treille dans un écrit salinois de 1671. Le lien est ténu, mais existe. 

Cette piste est intéressante parce que c’est celle qui a longtemps été colportée dans notre famille (« Bescle veut dire treille en patois jurassien ») mais surtout parce que c’est celle retenue par Jean Tosti. Elle est renforcée par l’origine géographique de mes ancêtres et leur métier : certains étaient vignerons.

En somme, retenons que les Bècle cultivaient des bécles de Béclan dans le Jura. 

La deuxième piste, celle du sobriquet métaphorique

La deuxième théorie que je vous présente, c’est celle de Philippe-Louis Bourdonné qui a rédigé au XIXè siècle un « Atlas étymologique et polyglotte des noms propres les plus répandus » dans lequel figure mon nom de famille.

D’après lui, Bècle est une variante de Bychan, mot celtique signifiant « petit ».  Il définit d’ailleurs, détail amusant, un grand Becle (Beclard) et un petit Becle (Beclus).

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En somme retenons que les Bècle étaient de petits vignerons du jura, cultivant du Béclan sur des bécles. 

La troisième piste, celle de l’Abbé Joseph

Baptême MizouCette dernière piste est la plus ténue, la moins vraisemblable et aussi la moins argumentée de toutes. Chacun vous dira que l’Abbé Joseph était un homme très pieux, et très érudit. La question est de savoir quelle valeur est la principale de cet homme car son hypothèse est que Bècle soit un dérivé latin signifiant « la crosse », sous entendue celle de l’évêque. Était-ce une boutade de sa part pour inviter ses neveux à se rendre à l’église ou bien était-ce une réalité issue de sa grande connaissance des langues anciennes ?

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Appel à l’aide pour les AD Jura 39

Mes chers amis. Voilà venu le temps de préparer le #ChallengeAZ. J’ai pour objectif de raconter une histoire, l’histoire de ma famille, de mon nom. L’histoire des Bècle.

Evidemment, j’ai de nombreuses histoires, anecdotes, à raconter. Et pour ce faire, j’ai repris à zéro mes recherches sur les Bècle. Et je me heurte à de trop nombreuses incertitudes pour en faire des histoires, des incertitudes qui ne peuvent être levées par mes recherches aux archives départementales, puisque celles-ci ne sont pas en ligne.

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Alors j’ai besoin d’aide. J’ai besoin de quelqu’un qui pourrait aller sur place et me trouver certains documents. Bien entendu, j’utilise le fil d’Ariane qui me permet de retrouver des actes facilement, mais si quelqu’un d’autre habitant la région est motivé pour m’aider et pour travailler avec moi sur cette famille, un court moment, par plaisir de m’aider, il fera de moi un homme comblé.

Merci de ce que vous ferez pour moi.

Les actes à rechercher

  • Naissance Jean Pierre BECLE. 1753. Neublans
  • Décès Jean Pierre BECLE. 1819. Beauvoisin
  • Mariage BECLE – PERRON 14.10.177. Neublans
  • Mariage BECLE – PERNET
  • Mariage BECLE – GIRARDOT 9.9.1788. Neublans
  • Mariage BECLE – MIAT 1.5.1792. Neublans

#geneatheme : Une carte postale de Frontignan début XXè

La carte postale de Frontignan que je vous présente est une de mes toutes premières découvertes sur les archives départementales en ligne de l’Hérault. La découverte date de l’été 2007, la photographie du début du XXème siècle.

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Cette photographie présente la cueillette des Muscats à Frontignan. L’inscription indique qu’il s’agit de la propriété de Jacques Combette (1845-1930), mon SOSA 18. Je veux bien le croire, mais ne peux pas le vérifier. Mais cette photographie possède d’autres points d’intérêt.

D’abord, ce qui a attiré mon attention en 2007, c’est l’inscription manuscrite  » +Bècle  » à la suite de  » Propriété de M. Jacques Combette « . Evidemment, j’ai pensé au muscat de Frontignan Bècle-Combette.

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La question qu’on peut se poser, c’est « qui a inscrit cette mention ? Et pourquoi ». En tout cas elle nous donne une information de taille sur la date de prise de vue, car si en 1902 Jacques Combette est bien négociant en vin, il l’est seul. Sa fille n’a pas encore épousé Paul Bècle (1875-1957) (le mariage se tiendra en 1904 à Frontignan). Paul Bècle se lancera dans le négoce en 1913 avec ses cousins Argelliès avant de devenir autonome à partir de 1914.

Après la guerre, en 1924, Jacques Combette a 79 ans et c’est naturellement que son gendre reprend l’affaire familiale, la fusionne avec la sienne, et crée le muscat Bècle-Combette. Pour faire connaître ses produits, Paul va acheter des publicités dans les annuaires et les almanachs comme celle ci-dessous.

Annuaire du département de l'Hérault, 1930, Publicité

Sur la date, mon hypothèse est que la prise de vue est antérieure à 1930 (Jacques Combette était propriétaire de ses vignes tant qu’il était vivant) mais postérieure à 1924 (pour que Paul Bècle y travaille).

Sur le lieu, j’avoue ne pas savoir, mes différentes interrogations n’ont trouvés aucune réponse. La maison que l’on voit dans le fond ne parle à personne de mon entourage.

Sur les individus photographiés, ma grand-mère pense avoir reconnu Paul Bècle. Cet homme avec le grand chapeau crème, la main dans le dos, et la barbichette noire. Dans son attitude, ses vêtements, elle le reconnait même si son visage est masqué. Et en effet, on remarque que sa tenue vestimentaire est plus adaptée à la supervision qu’au travail de vendange. Les manches ne sont pas retroussées et l’homme porte un gilet noir.

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Voici maintenant quelques photographies de Paul Bècle de face, au moins 20 ans plus tard. La première photo date de 1946, la seconde de 1951 probablement.

Paul Bècle, en 1946paul-becle

Sur l’identité de l’expéditeur et du destinataire, presque aucune information. Le dos de la carte ne mentionne que Mademoiselle Toutdemême comme destinataire, sans adresse, et en ce qui concerne l’expéditeur, il devait connaître le propriétaire du vignoble pour penser mettre la mention +Bècle, mais je ne reconnais pas son écriture (et si l’on considère qu’il est un Bècle, sa signature). 2013-10-08_094627

 

Au total, cette photographie trouvée sur internet conserve encore de nombreux secrets, et si certains reconnaissent le lieu, ou sont capables de dater plus précisément la photographie, vous êtes les bienvenus en commentaire.

Prise de Vue de La Sauvage

La Sauvage

La Sauvage est le nom donné à un terrain, situé sur la commune de Goult, en Vaucluse. Ce terrain est la propriété de la famille ARNAUD depuis (au moins) les années 1800.

On retrouve une trace d’une « maison et cour » sur la parcelle F.28 en 1810 qui appartient, comme de nombreuses autres propriétés de Goult, à Augustin François ARNAUD. Ce dernier est fabriquant de draps. Il possède toujours cette maison à la révision du cadastre en 1823. Sur un plan trouvé dans la maison récemment, on retrouve la parcelle F.28 avec à son emplacement un bâtiment nommé « La Grange ». A la place de la maison actuelle devait certainement être construit un local agricole.

Il est important ici de rappeler que les ARNAUD avaient également une maison dans le village, qui devait être leur maison d’habitation.

Plan de La Sauvage, Réalisé par Bachet géomètre 1e Classe (ci-dessus) et deux détails (ci-contre)

Vue Satellite de la Sauvage et de ses environs

Adrien Arnaud, avocat, 1817 - 1873

En 1852, cette maison est cédée à Augustin Guillaume Antoine ARNAUD qui décédera en 1858. Augustin est le père de trois enfants : Adrien, avocat à Aix, Henri, médecin à Paris et Marguerite, habitante de Puyricard. La maison ira en indivision à Henri et Adrien et ne subira visiblement pas de modification jusqu’en 1874 (Partage succession devant Maître BOYER, notaire à Gordes le 3 Avril 1858).

A cette date, Adrien décède et la maison revient donc de droit à son frère Henri. La maison subira alors d’importants travaux de rénovation (même de reconstruction) qui démarrent en 1874 comme en atteste la plaque retrouvée dans la cave.

« Le doct. Augn Ant Henri Arnaud a fait construire par les frères Grangier Cette villa dont la première pierre a été posée le 1er Juillet 1874

Henri Arnaud, docteur en médecine, 1822-1880

Il y aura successivement 5 ouvertures imposables en 1875 puis 14 nouvelles ouvertures imposables en 1891. On retrouve d’ailleurs des traces de sa présence sur la maison, comme les lettres HA entrelacées sur le balcon. En 1880, Henri Arnaud décède sans testament. La maison revient alors à sa soeur Marguerite, seule et unique héritière. Celle-ci s’affranchira rapidement des biens de ses frères et les léguera à Caroline Granier, cousine au quatrième degré.

Celle-ci était la domestique d’Henri entre 1874 et 1880 lorsqu’il avait installé son cabinet à La Sauvage, elle est mariée à Ponciant ARNAUD, un carrier de Goult avec qui elle habite la Folie (maison juste à côté, appelée également La Californie) avec Henri ARNAUD (futur étudiant en médecine) et Marie-Thérèse Caroline ARNAUD (mon SOSA numéro 27).

Puis les différents propriétaires retrouvés seront :

  • en 1943 Charles CHABAUD époux de Marie-Thérèse Caroline ARNAUD
  • en 1946 Léon CHABAUD (son fils) époux ETIENNE
Léon CHABAUD décède en 2000. Juste avant son décès, en 1999, il a cédé ses biens à son neveu, Jacques GOUBERT (mon grand-père) qui lui-même les divisera en trois parties égales entre ses enfants.

Depuis Avril 2006, l’habitant de Lumières n’est autre que Matthieu Bècle, premier du nom.

La Maison, telle quelle est aujourd'hui

Les Différentes Familles ayant vécues à La Sauvage

Famille d’Augustin ARNAUD. La Maison est encore sous forme d’une grange jusqu’à ce que Henri en fasse son habitation principale et la transforme radicalement en ce que nous connaissons actuellement. Aucun des deux frères n’ayant de descendance, La Sauvage ira à la soeur qui la donnera à leur cousine au quatrième degré, Caroline Granier.

Cliquez sur la photo pour l’agrandir !

Famille de Ponciant ARNAUD. Parmi les habitants de La Sauvage appartenant à cette famille, notons Henri ARNAUD, étudiant en médecine qui se suicida en 1898, ou Jules CHABAUD qui mourut en 1916 au départ d’une reconnaissance lors de la Grande Guerre, à laquelle il participa encore mineur et qui grava dans un des arbres du bosquet un dessin avec des avions pour son petit frère, Léon.

Enfin, pour finir, voici quelques photos de diverses époques de la Sauvage pour vous faire une idée de la vie à La Sauvage dans l’ancien temps.

Planche récapitulant les principaux congénères du patronyme BYCHAN

Étymologie des noms de famille – Bècle – Théorie de M. Bourdonné (1862)

En généalogie, on travaille essentiellement sur ses racines : d’où l’on vient, de quel village, pourquoi ce nom, qui sont mes ancêtres. C’est à la troisième question que j’essaye de répondre aujourd’hui.

L’étymologie des noms de famille n’est pas chose aisée : elle est parfois claire (Lepetit, Dupont, …) mais plus souvent assez obscure. C’est le cas de mon patronyme : Bècle. Dans un précédent article (becle_origine) j’expliquais que j’avais toujours entendu dire que le patronyme Bècle était essentiellement lié au métier de vigneron qu’exerçaient nos ancêtres dans le jura.

Aujourd’hui, j’avance de ce côté là et vous présente la version de M. Bourdonné, Philippe-Louis, « membre de plusieurs sociétés savantes » et auteurs de nombreux ouvrages sur des thématiques aussi variées que l’économie et l’étymologie des noms de famille.

Sa théorie

Parmi les grands patronymes, et les grands groupes de patronymes, BYCHAN serait une sorte « d’ancêtre commun ». C’est un mot celtique qui signifie petit – jeune – jeune homme – menu – mince mais s’emploi la plupart du temps dans le sens de Petit. Ses congénères sont nombreux dans les différentes langues (voir la planche ci-dessous).

Et puis, comme si ça ne suffisait pas, l’auteur rajoute un supplément à BYCHAN avec cette liste de patronymes issus de Bychan (ou d’un de ses congénères) :

Dans lequel on retrouve des patronymes connus :

  • Beckmann
  • Bècle
  • Becle
  • Lebas
  • Le Bihan
  • Béjart
  • Bachelot
  • Becket

Conclusion

Voilà ! Ainsi, Bècle signifierait Petit, aurait 2 diminutifs :

  1. Béclard (grand Bècle)
  2. Béclus (petit Bècle)

Et viendrait de Bychan, un mot celtique !