Voilà un débat que je ne suis que de très loin, notamment sur geneinfos. Il est compliqué, alambiqué et fait intervenir de nombreux individus : généalogistes, blogueurs, archivistes, directeurs, sociétés privées, politiques etc. Et comme c’est actuellement en débat, je vais vous livrer ici mon point de vue, très personnel, très naïf aussi sans doute de ce que j’aimerais.

Je ne suis ni un professionnel des archives (comme c’est le cas du blogueur Jordi Navarro par exemple) ni un professionnel de la généalogie (comme certaines sociétés ou revues spécialisées), ni un homme politique. Je suis un simple citoyen amateur de généalogie. Et voilà ce que je pense. Ce que je dirais peut être faux, erroné, irréalisable ou autre. Tant pis, puisque c’est ce que je pense, au moment où j’écris.

Les archives sont la mémoire de l’état français, et doivent être gérées par lui. Je suis favorable à une centralisation des archives. Non pas dans leur localisation géographique – je trouve tout à fait normal que les archives du Vaucluse reste en Avignon – mais dans leur gestion. Ce que j’aimerais en fait est assez simple : une homogénéisation nationale de ce qui est du ressort national. Par exemple, l’organisation interne du service des archives physiques du Vaucluse ne devrait pas être du ressort national, mais local. Par contre, le contenu le devrait. Et la mise à disposition du contenu, notamment sur internet, aussi, ainsi que la “propriété intellectuelle” (si on peut appeler ça comme ça).

Un “mémoire des hommes” des archives

Sur internet, aujourd’hui, il n’y a pas deux services d’archives qui se ressemblent. Entre ceux qui font payer l’accès, ceux qui possèdent des licences de réutilisation, ceux qui n’en possèdent pas, ce qui utilisent une technologie, ceux qui utilisent une autre, et ceux qui ne sont pas en ligne, le gap est immense. Dans la grande famille des différences, on retrouve, pêle-mêle :

  • des archives en ligne / d’autres non
  • des prestataires de service  différents
  • des outils numériques différents
  • des possibilités différentes
  • sur des sites différents, avec des navigations différentes
  • avec des licences de réutilisation différentes
  • des contacts différents

Le tout, pour un même contenu : la mémoire de la France. Evidemment le public peut s’adapter. C’est comme lorsque l’on va dans les salles d’archives, la façon de fonctionner est différente. Mais l’intelligence humaine est suffisante pour comprendre qu’un service unifié, national, simple et efficace serait nettement plus intéressant.

Dans l’idéal, je verrais un site internet, géré par l’Etat, sur les serveurs de l’Etat, qui comprendrait toutes les archives nationales et départementales, en accès libre. Le système de visionnage des archives serait simple, mais suffisant, unique, quelque soit l’archive consultée. Il y aurait des outils collaboratifs pour l’indexation des fichiers, et les images seraient téléchargeables et en JPEG haute définition.

Ce site ressemblerait, dans une certaine mesure, à mémoire des hommes. Cela éviterait les usines à gaz, les outils impossibles à utiliser, les multiples inscriptions sur des sites internet, les ordres et les contre-ordres. Une licence de réutilisation unique serait alors applicable à tout utilisateur. Quand je consulte les archives départementales du Vaucluse, j’ai les mêmes droits et les mêmes devoirs, au même prix, que lorsque j’utilise les archives départementales de la Savoie. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas.

Image: 'Contando Dinheiro' http://www.flickr.com/photos/72236935@N00/8228640

Le prix à payer

Aujourd’hui, j’ai le droit de consulter librement et gratuitement les archives en salle de lecture, après inscription. De la même façon, j’aurai le droit de consulter gratuitement ce site internet. Contre une inscription, même une inscription validée par carte d’identité.

Les archives sont une mémoire et doivent être librement consultables. Si des restrictions sont présentes dans les salles de lecture, à propos de la fragilité de certains ouvrages, ou autre, c’est tout à fait normal. Cette restriction ne devrait pas avoir lieu sur internet.

Le coût de tout cela serait payé par l’impôt. Rien d’autre. Au passage, je place le fait que pour moi, un service public n’a pas vocation à être rentable stricto sensu. Il doit être en “déficit” car il est un service, mis à disposition du public, avec un coût.

Image: 'Jacob und Wilhelm Grimm Centrum / HU+Berlin' http://www.flickr.com/photos/67499195@N00/4119691598

Que fait le grand public ?

La même chose qu’en salle. Je dois pouvoir consulter les archives, les copier, les indexer, les annoter dans mon bloc-notes et les utiliser.

Je ne suis pas contre l’interdiction de les copier/publier sur mon site internet. Je peux comprendre ça car elles ne m’appartiennent pas. Par contre, je dois pouvoir y avoir accès très facilement, avec par exemple une URL de destination par acte/image. Je dois aussi pouvoir les copier pour mon utilisation privée, sur mon ordinateur par exemple, et pouvoir les partager dans le cercle familial.

En tout cas, il faut qu’une bonne fois pour toute, on soit clair sur les droits et les devoirs de l’utilisateur.

Que font les entreprises privées ?

Les entreprises privées peuvent-elles vendre les actes de l’Etat civil ? Je réponds non. Par contre, je pense qu’elles devraient avoir le droit de vendre la valeur qu’elles ajoutent. Par exemple, si le site MyHeritage indexe tout l’Etat civil de Frontignan, sans en publier les images, il pourrait très bien demander un abonnement pour avoir accès au moteur de recherche. Les réponses à la requête seraient alors des fichiers html avec le contenu, mais pas la “copie” de l’acte. Un lien renverrait alors vers le site national.

C’est en fait un peu ce que font les associations généalogiques : on cotise pour rentrer et avoir accès aux données de l’association. Sauf que l’association ne propose, évidemment, pas que ça.

Si le site national est suffisamment bien fait, la collaboration permettra d’apporter une valeur ajoutée suffisante pour que ces sites ne soient plus d’une utilité majeure. En tout cas, toute la valeur ajoutée de l’entreprise privée pourra être vendue, tant qu’elle ne vend pas l’acte en lui-même.

Voilà mon idée, mon brainstorming. Evidemment, c’est utopique, et pas forcément réalisable, pas forcément juste, et d’ailleurs je suis tout ouïe pour que l’on m’explique un peu mieux comment cela fonctionne en vrai.