Durant les prochains jours, je vais vous raconter une histoire. Cette histoire, c’est l’histoire des Bècle. Du nom, et de ceux qui l’ont porté. Une histoire qui pourrait être étoffée, mieux sourcée et mieux documentée. Une histoire qui remonte à un seul ancêtre, que l’on un jour affublé du patronyme [bεkl].

Au fil du temps et de la lecture, vous rencontrerez les couvreurs d’un petit village du Jura, vous suivrez les pérégrinations d’un abbé voyageur, vous souffrirez avec une jeune blanchisseuse lyonnaise, vous dégusterez un vin doux et ensoleillé à Frontignan, et vous traverserez l’Atlantique, plusieurs fois.

Mais avant de se plonger dans la vie des Hommes, il convient de cerner le sujet, le nom. Car Bècle n’est pas un nom courant. Je suis intimement convaincu qu’il n’existe qu’un ancêtre commun unique, quelque part dans un village du Jura.

L’énigme de l’origine de ce nom est ma première épine généalogique. Si dans la famille, nous avons plusieurs hypothèses, plusieurs histoires possibles, il convient de les passer en revue, encore une fois, méthodiquement et d’en choisir une que nous considérerons comme vraie, au moins pour ce soir.

D’abord, parlons de l’orthographe de ce mot, Bècle, car cela pourrait avoir de l’importance. Il y a sur ma carte d’identité un accent grave sur le “è” mais celui-ci n’a pas toujours existé. Sur certains actes, je retrouve un accent circonflexe, parfois un accent aigu. S’agit-il de facéties du rédacteur, ou simplement d’une évolution du nom ? Parce que si certains l’écrivent “Bêcle” et que l’on en revient aux fondamentaux de l’accent circonflexe on pourrait tout aussi bien écrire “Bescle”.

Ensuite parlons de l’origine géographique des Bècle. C’est un nom de famille rare, et toutes mes recherches ascendantes me mènent dans le Jura, particulièrement le village de Neublans. Il semble néanmoins exister une deuxième branche, les Bècle-Berland, en Isère. Mais je ne sais pas encore si elle est reliée à la notre.

Maintenant étudions les différentes pistes étymologiques.

La première piste, celle du vin.

Dans le Jura, il existe un cépage noir appelé le Béclan. En quelques clics sur Gallica nous obtenons une fiche très détaillée de ce cépage finalement assez rare. D’après différents auteurs, le nom du cépage Béclan viendrait du mot bécle qui serait un mot désignant une treille, dans un vieil écrit de 1671. Ainsi, le nom de famille Bècle serait-il lié à la vigne et à sa culture. 

Cette piste est intéressante parce que c’est celle qui a longtemps été colportée dans notre famille (“Bescle veut dire treille en patois jurassien”) mais surtout parce que c’est celle retenue par Jean Tosti. Elle est renforcée par l’origine géographique de mes ancêtres (le Jura) et leur métier : certains étaient vignerons.

La deuxième piste, celle du sobriquet métaphorique.

La deuxième théorie que je vous présente, c’est celle de Philippe-Louis Bourdonné qui a rédigé au XIXè siècle un “Atlas étymologique et polyglotte des noms propres les plus répandus” dans lequel figure mon nom de famille. D’après lui, Bècle est une variante de Bychan, mot celtique signifiant “petit”.  Il définit d’ailleurs, détail amusant, un grand Becle (Beclard) et un petit Becle (Beclus).

Cette piste est difficile à interpréter. Elle a l’avantage d’avoir été rédigée par un spécialiste, dans un ouvrage qui pourrait être considéré comme une source qui serait plus fiable qu’une simple rumeur familiale. Cependant, je ne sais pas quel est le crédit que l’on peut apporter à cet auteur, et à ses conclusions. Je ne suis pas capable de déterminer le crédit possible à accorder à Bourdonné.

BYCHAN supplement-bychan

 

La troisième piste, celle de l’Abbé Joseph.

Cette dernière piste est la plus loufoque, la moins vraisemblable et aussi la moins argumentée de toutes. L’abbé Joseph était un oncle de mon père, et chacun vous dira qu’il était un homme très pieux, et très érudit. Son hypothèse est que Bècle est dérivé d’un mot latin signifiant “la crosse”, l’un des attributs de l’évêque. Était-ce une boutade de sa part pour inviter ses neveux à se rendre à l’Église ou bien était-ce une réalité issue de sa grande connaissance des langues anciennes ? Selon que l’on considère Joseph plutôt comme un homme d’Église ou un intellectuel, on se forgera une opinion différente sur son hypothèse.

Ainsi donc l’étymologie du patronyme Bècle n’est-elle pas encore sûre, et il n’existe pas de version officielle. J’aime personnellement la première histoire, qui mêle une Terre, le Jura, et son fruit, la vigne. Cette version est celle qui me fait rêver, qui me fait voyager et qui me donne envie d’imaginer la vie de mes ancêtres. De ces hommes et de ces femmes qui ont simplement vécu une vie. La leur.