Jules Chabaud, est décédé en vol le 2 juin 1916, au décollage d’une observation avec le sous-lieutenant Marcel Alexandre Langevin. Ils avaient 19 et 25 ans. Environ mon âge. Qui étaient-ils, ces deux jeunes soldats ? Jules, je le connais un peu, mais Marcel… Je ne sais rien de lui, enfin presque. Et si je rentrai en contact avec sa famille, avec sa descendance, je leur dirai quoi ?

La triste nouvelle

Un simple télégramme, arrive à Goult le 3 juin 1916. Aussi sec, brut, et sévère qu’un tweet ou un sms. Jules Chabaud est mort.

En recherchant des détails sur son décès, j’ai appris qu’il avait entraîné dans son accident la vie du Lieutenant observateur Langevin. Ils devaient très bien se connaître, il ont du vivre de longs moments ensemble. Des moments pas forcément difficiles, comme le disaient les pilotes de cette époque. Beaucoup de prestige, pas de combats, peu de pertes pour les escadrilles d’observations1. Pas faciles non plus.

Evidemment ça attire ma curiosité. Qui était-il, lui, ce lieutenant parisien? Était-il ami avec Jules ? A-t-il eu des enfants et une descendance jusqu’à aujourd’hui, contrairement à Jules ?

Marcel Langevin

Acte de décès de Marcel Langevin
Acte de décès de Marcel Langevin

Marcel Alexandre Langevin est né le 4 novembre 1891 à la Rochelle.

Il s’engage en 1911, et a été recruté dans le département de la Seine. Il porte le numéro de matricule 778.

En 1916, ses parents habitent au 55 rue de Seine, à Paris (VI) et Marcel est alors jeune marié. Il est aussi sous lieutenant dans l’escadrille C-51, dirigée par le capitaine Le Bihan. Il est en binôme avec Jules Chabaud sur ce qui me semble être un Caudron G-IV.

Le 2 juin 1916, au décollage d’une observation, l’avion glisse sur l’aile, et les deux hommes s’écrasent et “meurent carbonisés”. Un des deux moteurs s’est arrêté. Jules a alors 19 ans, Marcel 25. Ils seront tous les deux enterrés côte à côte, dans un caveau mis à disposition par Mme Drouart, qui habite Villers Bretonneux, rue du 4 septembre. Le cercueil est en chêne, et il a couté “90 francs”. Après la guerre, le corps de Jules a été rapatrié. Je suppose qu’il en est de même pour le Lieutenant Langevin.

Le jour de l’enterrement, je sais que M. et Mme Chabaud, parents de Jules n’étaient pas présent. Par contre les parents de Marcel se sont déplacés, ainsi que sa femme. Ils l’écrivent d’ailleurs dans une très belle lettre aux parents Chabaud :

Paris, le 11 juin 1916

Monsieur,

Je n’ai pas l’honneur de vous connaître, mais le malheur nous a rapprochés. Mon fils Lieutenant observateur à l’Escadrille 51 a péri avec le votre tué dans le même accident d’avion.

Plus rapprochés que vous de nos chers enfants, les évènements nous ont permis, à la jeune femme de mon fils, à sa mère et à moi d’assister à leurs obsèques.

[…]

Puisse cher Monsieur, ce que je vous écris être un léger adoucissement à votre grande douleur, à laquelle nous unissons la notre et je vous prie de croire à mes sentiments bien dévoués.

Signé : E.Langevin

[…]

Pourquoi le contact avec la famille Langevin

Cette lettre m’a ému et je n’en livre ici que des extraits car je ne sais pas si je peux en livrer plus. Les lettres sont très personnelles et les lire est déjà désagréable pour moi. Seulement la lettre est un lien entre deux personnes, dans ce cas M. Langevin et M. Chabaud, les tristes parents de deux jeunes soldats décédés. En relisant cette lettre, j’ai retrouvé cette corde et j’aimerais évidemment savoir qui se cache au bout. 100 après, recréer un lien entre nos deux familles me ferait plaisir.

De quoi parlerions nous ? Je ne sais pas. De l’histoire de leur famille, l’histoire de la notre. Des anecdotes sur ces deux hommes. On pourrait aussi échanger des documents, peut-être retrouver les réponses de M. Chabaud, les photos des deux hommes, ou d’autres choses.

La généalogie est un prétexte à faire des enquêtes, à s’intéresser à l’Histoire avec un grand H, avec un petit h aussi, et surtout à partager. Alors partageons !

  1. rumeurs entendues ici et là, non fiable []