Il y a quelques temps, j’ai réagi à un article de Geneamick sur le partage des données via twitter.

Il était remonté contre un autre utilisateur de Geneanet qui a copié sans ménagement tout un pan de son arbre pour le reproduire à l’identique, photographies inclues, dans son compte personnel. On appelle le copieur un “pilleur” dans le jargon des généanautes et il y a des témoignages de victime de pilleurs chaque semaine sur le forum officiel de geneanet. Si bien que pour dénicher les pilleurs, certains geneanautes disséminent des erreurs volontaires dans leurs arbres afin de jouir de la reproduction à l’infini de cette erreur. “Voyez comme ce sont de mauvais généalogistes, ils copient sans vérifier !”.

La conséquence est évidemment désastreuse pour le copié (qui finit par ne plus partager), pour le copieur (qui a un arbre vraiment pourri s’il multiplie les pillages) et pour geneanet surtout (dont la crédibilité décroit au fil des pillages).

Alors pourquoi est-ce que la victime est énervée contre le pilleur ? Evidemment parce qu’elle se sent volée, parfois même violée, car le résultat d’années de recherches est sans ménagement, sans égards, copié, déformé, reproduit comme si cela n’était rien. Car toute son histoire familiale est reprise, comme appropriée par un autre, comme si on lui volait ses ancêtres. Et puis parce qu’il n’est pas cité comme la source du travail effectué.

Voici mon apport à ce débat, sans fin, qui me passionne autant que beaucoup d’entre vous.

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Pourquoi je partage mes données sur geneanet ?

Je pense que c’est la une question fondamentale qui peut expliquer certaines choses. Il y a deux versions qui s’affrontent, se mélangent, s’unissent et se séparent. D’abord je publie pour partager. Réellement partager. C’est-à-dire que je veux vraiment montrer à la communauté des généalogistes qui sont mes ancêtres et pouvoir bénéficier des connaissances de la communauté pour m’aider à remonter plus loin.

C’est via geneanet que j’ai pris contact avec une femme d’une soixantaine d’année qui se trouve être la cousine germaine du grand-père de ma copine (oui, le lien est ténu, mais présent) avec qui les échanges ont été fructueux. Elle a pu me donner des photographies d’époque, des informations que je ne possédais pas. En échange, je lui ai volontiers partagé des informations sur les plus jeunes générations de la famille Carrot. Nous étions tous les deux ravi de cet échange et en sortions enrichis.

Mais je publie également pour flatter mon égo, ne serait-ce qu’un peu. Nous avons tous un égo à flatter et publier un arbre toujours plus beau, gros, bien sourcé est une source de flatterie pour moi, pouvant paraître étonnante, mais réelle. Mais je suis sur que de nombreux lecteurs sont dans ce cas, sans pour autant se l’avouer ou en avoir conscience. Je suis parfois tellement fier d’avoir trouvé l’ancêtre que je cherche depuis deux ans. Il faut me comprendre !

Alors oui, celui qui me vole la date de naissance de mon SOSA en quelques clics alors que j’ai fait 300km, passé deux ans de recherche et de nombreuses heures sur internet pour trouver un acte, oui, ce-dernier m’irrite.

Mais la deuxième raison pour laquelle je publie ne doit pas surpasser la première, car c’est une raison négative, inutile et qui ne fera pas avancer la généalogie. Geneamick a certainement (je parle au conditionnel, je ne le connais pas) été touché dans son égo car tout son travail a été volé sans qu’il ne soit mentionné, alors qu’il est d’ailleurs un des seuls descendants de cette lignée. Je le comprends, mais je ne le soutiens pas.

A qui appartiennent mes données généalogiques ?

Se sentir volé, c’est aussi se sentir propriétaire des données volées. Mais nous appartiennent-elles vraiment.

Voilà une question épineuse à laquelle je ne peux pas répondre sans l’aide bienveillante de Jordi Navarro qui l’explique dans un excellent billet. A lire absolument.

Mais pour faire simple, votre base de donnée publiée sur geneanet est constitué de trois “morceaux” :

Les données = Le contenu
C’est-à-dire nos ancêtres, leurs dates de naissance etc. Elles sont des données publiques, et ne nous appartiennent pas. Je ne suis pas propriétaires du prénom et de la date de naissance de mon ancêtre en somme. Mention spéciale pour les photographies de Geneamick qui, probablement, sont les siennes.

La base = Le contenant
Sauf pour ceux (et il y en a sur ce blog) qui font leurs propres logiciel, le contenant ne nous appartient pas. De toute façon, pour partager des données, il faut que le contenant soit commun et donc, le plus souvent, il ne nous appartient pas. Que ce soit geneweb qui propulse notre arbre geneanet, gedcom qui permet le transfert du logiciel vers geneanet ou notre logiciel, rien n’est à nous, même si nous avons payé pour l’utiliser.

Le travail pour mettre le contenu dans le contenant.
La seule chose dont nous pouvons être fier, ce qui flatte l’égo, c’est le travail effectué. Il ne peut pas être couvert par aucun droit “d’auteur” puisque nous ne sommes que des amateurs. Il en va  certainement différemment des professionnels, et leur avis éclairé dans les commentaires me permettra d’en savoir plus sur la protection de leur travail.

En somme, rien ne nous appartient en généalogie. Rien. Il faut donc le savoir.

Est-ce que la copie de mes données me porte préjudice ?

Non, à moi, elle ne me porte pas préjudice. Elle me blesse dans mon égo, pendant un moment, mais elle ne m’enlève pas le plaisir de la recherche. Et encore moins le plaisir de partager.

Par contre, si Jordi mentionne qu’elle peut porter préjudice au copieur dans ses recherches futures, je rajoute qu’elle peut surtout porter préjudice aux individus copiés (si ce sont des contemporains) et il est absolument nécessaire de protéger les contemporains avant l’export gedcom. Et puis cela porte préjudice à la communauté des généalogistes car la notion de partage est froissée, dénaturée, la crédibilité de certains sites est remise en cause et de nombreux généalogistes parmi les plus illustres vont se refuser à publier leurs données pourtant très bien documentées. Dommage.

Comment aller à l’encontre des pilleurs ?

Une fois que mon point de vue est exposé, on va avoir l’impression que les pilleurs auront de beaux jours devant eux. Je ne crois pas.

Page contact   Clement BECLE  clementbecle    GeneaNetJe pense que l’idée de gennus pour valoriser les généalogistes les mieux documentées, et les généalogies les plus sourcées devrait être reprise par de nombreux sites de partage de données. Geneanet a déjà commencé en placardant un indice Geneanet sur les pages profils.

Il suffirait ensuite à geneanet de repérer via matching les doublons dans sa base de données et de présenter dans la page résultats de l’arbre des données similaires dont l’auteur aurait un meilleur Indice Geneanet.

Ainsi les pilleurs ne se voyant affublés que d’un indice geneanet tout petit serait-il probablement blessé … dans leurs égos. Si cela peut leur permettre de découvrir les joies de la recherche documentaire, ils verraient toutes les possibilités et tous les bonheur de la recherche en salle, ou derrière l’écran des archives en ligne. Cela pourrait avoir un but pédagogique.

Enfin, je pense que la collaboration, la création de belles bases de données bien sourcées et documentées en utilisant les forces de la communauté est ce qu’il y a de mieux pour lutter contre les collectionneurs d’ancêtres. Et c’est pourquoi le résultat du #ProjetTHMPF1418 lancé en 2013 sera en licence CC BY-SA (ou équivalent) afin de pouvoir le diffuser le plus largement possible. 

Comme j’aime cette notion de partage à l’infini, sachez également que toutes les données de ce blog sont en licence CC BY-SA (vous pouvez copier tout l’article, le vendre, le couper, le modifier) et que vous pouvez aussi recopier toute ma généalogie. Je ne vous en voudrai pas.