Présentation du Site des Archives du Rhône, ou réflexion sur la façon de chercher des données en ligne

Le site des archives du Rhône (@ArchivesRhone) est probablement, avec celui de la ville de Lyon et celui des archives de l’Hérault, l’un des meilleurs que j’ai eu à utiliser. Il est fluide, efficace, très fourni et beau. Il propose des ressources originales (notamment sur les enfants assistés), et il les propose bien. Il est propulsé par Mnesys (@mn3sYs), une société française qui développe des solutions logicielles pour les services d’archives et, in fine, pour nous qui les utilisons au quotidien.

En pratique, lorsque nous arrivons sur le site des archives du Rhône, il existe deux grands onglets : le premier, “Archives Numérisées“, permet de trouver les ressources disponibles en ligne (Etat Civil, Cadastre, Recensements, …) et le second, “Toutes les Archives“, plus intéressant encore, permet des recherches poussées, afin de trouver des documents qui sont physiquement aux Archives mais qui ne sont pas encore numérisés : alors faudra-t-il retrouver les côtes, les réserver en ligne puis venir les consulter sur place, dans ce beau bâtiment doré.

Page d'accueil des Archives du Rhône
Page d’accueil des Archives du Rhône

Ce second onglet propose trois façons de rechercher des documents, et c’est là que ça se complique :

  1. Par des champs de recherche : 2015-06-13_152843
  2. Par les inventaires
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  3. Par thème
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La première façon de chercher est un moteur de recherche qui va chercher dans les <balises > de la base de données : efficace, si l’on sait quelles informations sont contenues dans chaque balise (par exemple qu’est-ce que je dois mettre dans le champ “personne” : le patronyme de mon ancêtre ? son prénom ? ; et si la réponse est négative, dois-je comprendre que mon ancêtre ne figure pas dans la base de données, ou qu’il y figure potentiellement mais qu’il n’a pas été indexé, ou simplement que je me suis trompé de champ de recherche ?). Cela reste une bonne méthode pour trouver des documents intéressants (notamment par date, pour connaitre le contexte de vie d’un ancêtre, et de découvrir l’étendue des documents qui peuvent nous servir).

La seconde façon de chercher, classée par “service producteur”, est très efficace si l’on sait ce qui est contenu dans chaque série : je ne sais pas par exemple quel type de document se trouve dans la série G “clergé séculier” : potentiellement cela m’intéressera, mais concrètement et spontanément, je ne vais pas chercher dedans. Je ne suis pas un assez fin connaisseur pour être bon dans ce type de recherche. Cette façon de chercher et de trouver des documents par les services producteurs n’est clairement pas faite pour le novice : elle nécessite une courbe d’apprentissage trop importante pour être spontanée et proposée aux débutants dont je fais partie.

La troisième façon de chercher est celle qui est le plus “grand public” : je ne sais pas qui a écrit le document qui m’intéresse, je ne sais pas où vous l’avez rangé mais comme je sais grosso modo ce que c’est, vous allez le trouver pour moi. Mais de la même manière, cela demande non seulement une courbe d’apprentissage (que se cache-t-il derrière “Fiscalité” ?) mais surtout, c’est dépendant de chaque service d’archive. Le Rhône propose cette “classification”, mais le voisin ne proposera pas les mêmes thématiques. Saluons toutefois cette volonté de se rapprocher du chercheur amateur.

En voyant cette troisième approche (qui, au dire de la présentatrice des Archives du Rhône, n’est pas assez utilisée) je ne peux m’empêcher de penser aux débuts du web, quand les moteurs de recherche ne possédaient pas encore d’algorithme assez puissant et se contentaient d’être des annuaires web.  Mais les annuaires web, c’est fini ! Yahoo a abandonné le sien l’année dernière. Les annuaires web, c’est so 1990’s !

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En 2015, on ne cherche plus sur internet comme en 1994, on n’a plus le doux bruit du modem qui chante et que l’on couvre d’un coussin pour pas que les parents ne nous surprennent à nous connecter à 22h15 alors qu’on devrait déjà être couché depuis une heure. En 2015, on veut que tout soit simple, très simple, trop simple peut-être.

Mais moi, j’aime le simple, l’efficace, le rapide. Pour moi, en 2015, on devrait proposer un google des archives. Ma philosophie globale, c’est que si on met plus de cinq minutes à trouver un document, ou que l’on doit faire plus de cinq clics pour y parvenir, ou qu’il faille connaitre parfaitement sa base de données pour trouver un document, c’est que le moteur de recherche n’est pas efficace. Oui, je suis un enfant du 21è siècle, et je suis (un peu) extrémiste et fainéant, mais c’est en exigeant le meilleur qu’on arrive à du bon, voire du très bon.

Ce dont je rêve donc, c’est un champ de recherche unique, qui nous comprend, qui comprend la question et qui répond à la question (sans se tromper) de manière concise. Sur bing.com par exemple, quand je lui demande “à qui est marié Brad Pitt”, il ne sort pas toutes les pages web dans lesquelles figurent les mots “Brad Pitt” “Marié” et “à qui”. Il me répond : Angelina Jolie depuis 2014 et, avant, Jennifer Aniston (2000-2005).

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Quand je vais sur les Archives en Ligne du Rhône, j’aimerais qu’à la requête : “Qui est né à Lyon entre 1870 et 1902” il me renvoie les tables décennales des naissances de la commune de Lyon entre 1870 et 1902 ou, mieux encore, tous les individus nés à Lyon entre 1870 et 1902 sous forme de données indexées. J’aimerais que l’utilisation de l’outil ne nécessite pas la connaissance et la maîtrise des ressources documentaires sous-jacentes ou de la construction de la base de données. Comme l’utilisation d’une horloge ne nécessite pas de s’y connaitre en horlogerie.

En rêvant, en imaginant, je propose des pistes d’améliorations. Mais je sais que ce travail sur les moteurs de recherche est un travail énorme : en recherche, en développement, en moyens humains et financiers. Il ne verra probablement pas le jour dans les années à venir, ni même dans les décennies qui viennent. En attendant ce rêve, cette folie presque, sachez que le site des Archives du Rhône est probablement encore le plus simple, le plus complet, le plus rapide et le plus efficace qui existe. Parce que, pour mémoire, en 2015, le site du Jura ressemble toujours à ça…

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