Lorsque je visite les archives départementales du Vaucluse, en me déplaçant au Palais des Papes, je fais des photographies des actes que je trouve et qui m’intéressent. Pour deux raisons : la première, c’est que le temps de recherche est court, et qu’il me faut engranger un grand nombre d’actes en peu de temps pour optimiser ma journée et la seconde, c’est que je ne me déplace pas tous les jours aux Archives et que je veux pouvoir les retrouver rapidement chez moi, et les exploiter de nombreuses fois.

Lorsque je visite les archives départementales en ligne, je réalise le plus souvent des captures d’écran des actes que je trouve pour les stocker sur mon ordinateur. Les raisons essentielles c’est que je veux pouvoir les retrouver en moins de cinq minutes à tout moment (car même si ils restent accessibles en ligne 24/7, il faut parfois du temps avant de les retrouver, je ne veux les chercher qu’une fois) et que je veux aussi pouvoir illustrer simplement mon fichier généalogique avec les photos des actes, mais aussi pourquoi pas les signatures des individus, les orthographes des noms, ou partager des épines généalogiques avec la communauté généalogique.

Mais cette méthode de “capture d’écran” a de nombreux inconvénients qui ont fait bondir les gérants de Mnesys (créateur d’une suite logicielle pour les archives départementales du Rhône, entre autres, et que l’on a rencontré lors des #MatinsMalins du 13 juin 2015 à Lyon), c’est que 1) la qualité de l’image est médiocre (si mon écran fait 1366 x 768 px, la photo ne peut pas être mieux résolue) 2) la réutilisation de l’image copiée est compliquée. En effet, et dans le cas des AD du Rhône, une reproduction pour usage privée est gratuite mais dès que l’on veut réutiliser sur un site commercial, dont ce blog gratuit mais avec un encart de publicité, il faut télécharger / imprimer / signer / envoyer par la poste / recevoir le double d’une licence de réutilisation. Et cela pour chaque image réutilisée. Impensable, car (ma philosophie oblige) si ça prend plus de cinq minutes ou cinq clics, je ne fais pas. 

Et pourtant, malgré ces inconvénients, la capture d’écran reste massivement utilisée, au vu du mini-sondage réalisé samedi. Cela signifie que la balance bénéfice / inconvénient est largement en faveur de la capture d’écran.

Mais alors qu’elles sont les possibilités dans le futur pour améliorer ces pratiques ?

Dans l’idéal, il faudrait pouvoir :

– Retrouver les actes d’intérêt d’un simple clic
– réutiliser les actes en haute définition
– les partager sans (trop) se soucier du contexte juridique
– les annoter pour notre usage personnel
– les annoter pour les publier sur les réseaux sociaux ou sur nos blogs
– les modifier pour les intégrer à nos arbres en ligne
– et surtout les centraliser : la centralisation, c’est la clef de la simplification, donc de l’efficacité.

Aujourd’hui, avec les copies d’écran, presque tous les items sont cochés : il manque la haute définition, et, pour le partage, on le fait tous en étant de bonne foi et en attendant une remarque d’un service d’Archive qui ne viendra jamais.

Mais on pourrait faire mieux.

Mnesys va proposer dans ses prochaines versions une nouvelle visionneuse et une amélioration de son espace personnel. Avec la nouvelle visionneuse, on pourra “embedded” les images des actes, soit les exporter sur n’importe quel site web (son blog, son fil twitter, son fil facebook) exactement de la même manière que l’on publie et partage les vidéos youtube ou les livres de Gallica. On appelle cela l’encapsulation (ou embed car la <balise> HTML est nommée <embed>). Cela résout le problème du partage en haute définition. Pour comprendre simplement ce principe, il faut comprendre que ce que l’on partage, c’est un morceau du site des archives, la photo est toujours propriété des archives. Nous ne faisons qu’ouvrir une porte sur un autre site. Outre l’avantage de la haute définition, cela résout aussi les problèmes juridiques du partage : je peux mettre ces images sur n’importe quel site, puisqu’elles ne m’appartiennent pas. Un embed entouré de mes pubs ne pose donc pas de problème a priori.

Si l’on ajoute à cette nouvelle visionneuse des outils d’annotations publics et privés (en s’identifiant avec un compte personnel), on obtient un bon outil de partage. Mais qu’en est-il de la centralisation et de la facilité de retrouver ces images ?

L’espace personnel de Mnesys tente de répondre à cette problématique : à chaque fois qu’un acte nous intéresse, nous pouvons l’épingler (à la manière de Pinterest) dans notre espace personnel et le retrouver facilement. Mais ce ne sera valable que pour un département ou, au mieux, pour tous les départements gérés par Mnesys. En pratique, au mieux on aura autant d’espaces personnels que de visionneuses différentes, au pire on en aura 101, soit le nombre de départements français. Aïe.

Cet espace personnel reste quand même une bonne idée de centralisation, de plateforme de travail, mais semble proposer de trop nombreuses options, à l’image d’un réseau social : fil d’actualité, géolocalisation, visionneuse, partage, commentaires. Il ressemble d’ailleurs un peu à Google+, dans le design. Mais proposer trop d’options, c’est aussi perdre du temps, noyer l’utilisateur et ce n’est pas forcément pratique. Un outil, une fonction. C’est beaucoup plus simple.

Design général de l'espace personnel de Mnesys, bientôt aux Archives du Rhône
Design général de l’espace personnel de Mnesys, bientôt aux Archives du Rhône
Design général de Google+
Design général de Google+
Design de Mnesys, l'espace personnel
Design de Mnesys, l’espace personnel
Design de Google +
Design de Google +

Une autre solution proposées pour retrouver ses actes simplement, c’est l’URL unique (ou permalien). Chaque photo a son permalien, et d’un simple clic on peut le retrouver. Cela nécessite que le permalien se trouve facilement dans la page, se copie-colle facilement et reste toujours le même, dans dix, vingt ans. Si le dernier item est forcément incertain, le premier pourtant simple à mettre en oeuvre n’est toujours pas d’actualité : sur les archives du Rhône, l’URL de la barre d’adresse (en haut du navigateur) est le permalien du lot d’image, le permalien direct de l’image visualisée est en bas à droite… Aberrant à mon sens. Tellement aberrant et illogique que lors des Matins Malins, on a vécu pendant quelques instants une discussion surréaliste entre les créateurs de Mnesys et leur client du Rhône pour s’accorder sur quel était le bon permalien, celui de l’image visualisée. Si ce n’est pas évident pour eux, cela n’augure rien de bon pour l’utilisateur lambda.

En conclusion, et vu l’état actuel des choses, vu les propositions de Mnesys pour l’horizon 2016-2017, vu l’état actuel de la législation, vu la multitude et la complexité des licences de réutilisation, la meilleure solution est à mon sens la suivante : 

– Visionneuse qui permet de télécharger les images en HD, comme celle des AD71 (Arkothèque)
– Téléchargement, modification des actes, classement sur le disque dur du généalogiste pour les retrouver rapidement, facilement, en étant certains que le permalien, ou la technologie sous-jacente ne soient pas cassés
– Réutilisation sur tous les supports possibles, sans se soucier trop d’une législation complexe et en restant de bonne foi : la plupart du temps, il ne nous arrivera rien car tout ça n’est pas bien méchant. 

Bouton pour le téléchargement en Haute Définition des Archives en Ligne du 71.
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