En ce moment, dans la blogosphère généalogique, il y a un sujet qui revient actuellement notamment par la mise en ligne d’Heredis 2018 et que je trouve très intéressant, celui de la gestion des sources. La discussion bat son plein sur Twitter, les opinions différentes se mélangent pour créer ainsi une discussion passionnante dont ma petite réflexion devient trop complexe pour être synthétisée en 140 caractères (twitters) ou une centaine de mots (commentaire des articles).

Enfin, je vous mets en garde de suite, contrairement à ce que laisse penser cet article, chez moi, la gestion des sources est un chantier permanent, et c’est honnêtement le bazar. Je ne suis spécialiste de rien du tout, et tout ce que je dis ne concerne que ma réflexion et ma pratique. J’ai sûrement faux sur plein de points, mais c’est pas grave, je vous partage quand même mes pensées.

Revue des blogs sur la gestion des sources

Avant de commencer mon article sur le sujet, j’aimerais vous présenter des articles très intéressants déjà publié par les copains à ce sujet. Dans l’article “La généalogie, pourtant, ça coule de sources” , Laurent Monpouet fait un état des lieux des sources que l’on retrouve sur les sites de partage en ligne, de la raison de bien les noter et tente d’expliquer pourquoi certains généalogistes ne notent par leurs sources dans les sites de partage en ligne. Dans l’article “La généalogie ça coule de sources” , Stéphane Cosson lui répond en évoquant la différences entre une photographie d’acte (que l’on perd bien souvent, il faut le dire) et la source, différence déjà détaillée par Sophie Boudarel dans son article “Comment utiliser les sources en généalogie ?” , mais Stéphane aborde aussi un sujet intéressant, l’idée d’une formation nécessaire aux généalogistes pour progresser et être plus efficace dans le domaine des sources généalogiques.

Enfin, avec la sortie d’Heredis 2018, Jean-Marc Bogros décrit l’évolution de sa gestion des sources dans l’article “La gestion de mes sources évolue” , gestion qui était décrite dans un précédent article de 2013 “La gestion des sources dans ma généalogie” . Il s’appuie sur ses définitions de Citation, Source et Référentiel sur l’article “La gestion des sources dans les arbres” du blog d’Ancestry.

Qu’est-ce qu’une source ?

Pour moi, une source est l’origine d’une information. Elle permet de prouver une information que l’on saisit dans notre arbre généalogique, et le corollaire est que chaque information que nous rentrons dans notre arbre bénéficie forcément d’une source, quelle qu’elle soit : un document d’état civil, un enregistrement sonore, un souvenir de grand-mère, une légende de photographie, un autre arbre en ligne, un livre trouvé sur Gallica, etc.

Évidemment nous commençons à entrevoir un problème, c’est que toutes ces sources n’ont pas la même fiabilité : le souvenir de l’anniversaire de sa grand-mère par ma grand-mère a-t-il la même valeur que l’acte de naissance de la personne concernée ? Pas dans mon esprit. C’est pour ça que je trouve la qualification des sources très intéressante. Voilà ce que décrit l’article Wikipédia “Source (information)” concernant la caractérisation des sources ainsi que l’interprétation que j’en fais pour l’application à la généalogie (tableau 1).

Type de source Définition Exemples génériques En généalogie (pour la naissance d’un individu)
Source primaire Le document de première main pour s’informer d’un sujet. Extrait d’état civil, vidéo, son, entretien, carnet de laboratoire en recherche médicale, etc. Acte d’état civil de Naissance de la personne.
Source secondaire Les travaux, publications, fondés sur des sources primaires. Une biographie, un article médical original, un arbre en ligne. L’arbre en ligne d’une personne ayant utilisé cet acte pour le créer, l’acte de mariage de la personne citant l’acte de naissance, la biographie d’un individu.
Source tertiaire Une compilation de sources primaires et secondaires. Un arbre en ligne, une revue de la littérature, une bibliographie. Un arbre en ligne composé de sources primaires et secondaires, une biographie, un blog de généalogie.

Et c’est là que la réflexion commence à devenir compliquée, parce qu’Ancestry dans son article distingue lui trois aspects différents des sources (issus de la distinction faite dans le GEDCOM, une norme pour le partage des fichiers généalogiques), tout comme Jean-Marc qui reprend cette nomenclature (et dont j’emprunte ici les exemples) :

La citation La référence à une information spécifique. “l’acte de naissance du 22 Aout 1882 de la Tante Ursuline à Messeix (63)” (J-M Bogros)
La source Le document, index, ouvrage auprès duquel on a trouvé l’information spécifique. “Le registre des naissances de la commune de Messeix de 1882 à 1892” (J-M Bogros)
Le référentiel
La bibliothèque, l’endroit où la source a été trouvée “Les Archives Départementales du Puy de Dôme” (J-M Bogros)

Et c’est donc à cet instant précis qu’on commence à être perdu. Car la notion de source est, à ma connaissance, floue et mal définie. Il n’existe pas non plus de norme commune aux chercheurs (pas à ma connaissance, mais visiblement pas non plus à celle de Stéphane Cosson qui aborde l’idée d’en créer une pour les généalogistes).

Ainsi, pour moi l’Acte de Naissance de la Tante Ursuline est une source primaire, quand son acte de mariage sera une source secondaire. Pour Jean-Marc, l’acte de Naissance de la Tante Ursuline n’est pas une source, c’est une citation, et la source est le registre des naissances de la commune de Messeix. Donc on en revient au postulat de base : nous sommes d’accord pour dire que la source est l’origine de l’information, mais nous ne sommes pas d’accord sur ce que nous mettons derrière le mot “origine”.

Ma réflexion qui détermine ma façon de noter les sources dans mon arbre

Il y a quelque chose de personnel dans la réflexion sur les sources, puisqu’il n’existe pas de norme à ma connaissance, pas de nomenclature prédéfinie et pas de référence unique. Cela dit, je pense intéressant d’y réfléchir au moins une fois dans sa pratique généalogique, parce que d’abord c’est intéressant et ensuite cela conditionne la façon de travailler (d’une certaine manière). J’ai commencé à faire ma généalogie il y a dix ans, et je notais de façon anarchique les citations, les sources, et je rangeais mal les photographies d’actes dans mon ordinateur. Comme beaucoup de monde, je suppose. En reprenant ma généalogie de fond en comble, et après avoir perdu tous mes actes photographiés sur mon ordinateur, j’ai mené une petite réflexion pour mieux noter mes sources et mieux les stocker sur ma machine (et désormais dans le Cloud, pour ne plus jamais les perdre). Cette réflexion s’est basée sur une approche empirique d’abord (qu’est-ce que je trouve pratique, et comment retrouver les informations facilement) et sur une discussion passionnante datant de plusieurs années maintenant, mais qui a profondément modifié ma perception du travail généalogique, celle avec Nicolas Lawriw de Brozer.

Pour moi, chaque information de mon arbre doit avoir une source : que ce soit un lieu, une date, un nom, un prénom, un événement, tout. C’est un principe théorique : tout ce que je rentre dans mon arbre en ligne vient bien de quelque part. De plus, les sources sont au cœur du travail généalogique, on ne remplit des cases que lorsque l’on a une source qui nous indique de le faire.

Pour moi, chaque événement a une source principale, primaire, et de nombreuses sources secondaires (et éventuellement tertiaires). Je m’efforce donc à trouver la source primaire de chaque événement, dans mon esprit donc l’acte de naissance de la Tante Ursuline pour la naissance de la Tante Ursuline. Donc, j’ai opté pour la stratégie (à la différence de Jean-Marc) 1 événement = 1 source.

Quand je ne dispose pas de la source primaire, je renseigne dans le champ source la source secondaire (par exemple l’acte de mariage de la Tante Ursuline dans lequel on indique ses date et lieu de naissance après que le rédacteur de l’acte ait vu l’acte de naissance) : moi je n’ai pas vu l’acte de naissance, mais le rédacteur, oui. C’est une source, assez fiable, mais indirecte, ou secondaire. Par contre, ne disposant que d’un champ source pour chaque événement, je ne renseigne pas la source secondaire si je dispose de la source primaire. J’ai déjà vu par exemple des actes de mariage dont la date de naissance de la mariée est fausse (erreur dans l’année, mais pas dans le mois et le jour).

Il peut y avoir plusieurs sources pour un événement, et plusieurs événements sur une seule source.

Un événement A peut bénéficier de plusieurs sources, mais une seule primaire (trait vert) de la même façon qu'une source peut renseigner plusieurs événement, mais un seul de manière primaire.
Un événement A peut bénéficier de plusieurs sources, mais une seule primaire (trait vert) de la même façon qu’une source peut renseigner plusieurs événement, mais un seul de manière primaire.

Enfin, je crois évidemment qu’une source peut renseigner plusieurs événements, mais un seul de manière primaire et plusieurs de manière secondaire (ou tertiaire). L’acte de mariage de la tante Ursuline, par exemple, renseigne son lieu et sa date de mariage, mais aussi probablement ses lieu et date de naissance, ceux de son conjoint, etc.

De la même façon, un événement peut bénéficier de plusieurs sources, mais un seul de manière primaire. C’est le cas de la naissance de la Tante Ursuline qui bénéficiera de la source “acte de naissance” ; “acte de mariage” ; “acte de décès” et de toute autre mention de sa date de naissance (carte d’identité, passeport, etc.).

En pratique

Dans ma pratique généalogique, j’essaye de faire en sorte que chaque événement ait une source primaire, et je la renseigne de la manière suivante :

AD84 – Saignon – Naissances – 1864/9

Donc en notant le lieu de dépôt (si l’on veut) en premier, puis la commune, puis le type d’acte, puis le numéro de l’année suivi du numéro de l’acte dans l’année. Je ne renseigne pas le numéro de la vue (pour les actes en ligne) car je trouve l’information redondante avec le numéro de l’acte suivant celui de l’année. Je ne note pas non plus le nom du personnage central, car cela ne caractérise pas pour moi le document, mais son contenu.

Cela donne sur geneanet cela :

La façon dont sont exportés les sources sur Geneanet

Ce qui vous permet de voir que parfois, la règle est mise en défaut : je rajoute quelque fois le numéro de la vue (20/33 par exemple) ou un suffixe pour dire si je l’ai depuis mes sources personnelles (je rajoute alors – Archives Personnelles) ou si je l’ai trouvé sur Filae (- Filae). Evidemment, il y a certaines sources que je n’ai pas encore reprises avec cette norme que je me suis appliqué (“Acte de Mariage Rousset et Callot”) mais ce n’est pas trop grave. Je ne suis loin d’être infaillible, et je progresse doucement.

La nomenclature que j’ai adopté pour les stocker sur mon ordinateur est différente et mérite d’être plus détaillée. J’ai d’abord créé une arborescence de dossiers suivant le plus fidèlement possible celui de l’État Civil.

et je renseigne les actes de la manière suivante :

Type_AAAAMMJJ_Ville_NOM_prenoms

donnant quelque chose du genre :

N_18170820_84051_ARNAUD_adrien.jpg

quand je renseigne la ville via le code INSEE ou

N_18771220_saint_saturnin_rousset_auguste_hippolyte_gratien.jpg

quand je renseigne la ville en toutes lettres (oui, je ne me suis pas encore décidé là-dessus, ce qui est un problème mais, me semble-t-il, mineur).

En conclusion

Je crois que la conclusion de cette histoire, c’est

  1. Que la définition de la source est floue, et qu’il n’existe pas de norme pour la généalogie, à l’heure actuelle
  2. Qu’il faut noter les sources, parce que franchement c’est hyper important, et on ne se rend compte bien souvent que des années plus tard qu’on aurait du les noter correctement
  3. Que de la pratique nait la théorie, et que donc chacun a sa manière de faire, pourvu qu’elle lui corresponde
  4. Que j’ai encore de grands progrès à faire, parce qu’en vrai, et contrairement aux apparences données par cet article, chez moi c’est un GROS BORDEL !!!!!!!!!
Article édité le 07/09/2017 à 14h42 : ajout de la mention de la façon de faire dans les fichiers GEDCOM, dont Ancestry et Jean-Marc s’inspirent pour leurs définitions de la citation, de la source et du dépôt.